L'association aurait délibérément dissimulé ses objectifs

Delphine Chayet Et Cyrille Louis.

Le Figaro, 30 Octobre 2007

Éric Breteau, président de L'Arche de Zoé, avait refusé de donner des détails à la Brigade de protection des mineurs.

LES RESPONSABLES de L'Arche de Zoé ont-ils préparé en toute transparence l'évacuation d'une centaine d'enfants hors du Tchad, comme ils le proclament sans relâche depuis leur interpellation, jeudi, à Abéché ? À Paris, les premiers éléments de l'enquête semblent au contraire indiquer qu'Éric Breteau, président fondateur de l'association, a délibérément créé un rideau de fumée autour de son projet, refusant systématiquement de répondre aux demandes formulées par les autorités françaises.

Reçu le 31 juillet par la directrice de cabinet de Rama Yade, secrétaire d'État aux Affaires étrangères, le pompier volontaire refuse tout d'abord d'indiquer comment il compte recueillir les enfants à « sauver ». « Ce jour-là, il nous a juste dit qu'il allait les trouver dans des »camps mouroirs* sur la route de Nyala à al-Facher, où les chefs de village leur remettraient une attestation prouvant qu'ils avaient bien affaire à des orphelins, explique une source diplomatique. Lorsqu'on leur a demandé des précisions, ils ont refusé d'en dire plus parce que cela risquait, selon eux, de compromettre l'opération. »

Début août, Éric Breteau affiche une même réserve lorsqu'il est convoqué à la Brigade de protection des mineurs qui, depuis le 25 juillet, mène une enquête préliminaire à la demande du parquet de Paris. « Lors de son audition, il a refusé de communiquer la comptabilité de l'association ainsi que la liste des personnes avec qui il se trouvait en contact », se rappelle un policier. À l'époque, Breteau se contente d'indiquer que « trois cents familles environ » se sont portées candidates pour participer au projet.

Le 8 septembre, il entre un peu plus dans le détail au moment de réunir quelque 600 personnes à Valence, pour l'assemblée générale du Collectif des familles pour les orphelins du Darfour (Cofod). À cette occasion, il présente un budget global de 600 000 euros. Pour réunir cette somme, chaque famille a été invitée à donner 2 400 euros en moyenne. Ultime précision : les sommes versées à L'Arche de Zoé ne doivent être débitées qu'au lancement de l'opération. « Le 23 octobre, c'est d'ailleurs le coup de fil d'un particulier inquiet d'avoir vu son chèque encaissé qui nous a conduits à lancer l'alerte auprès des autorités tchadiennes », explique-t-on au ministère des Affaires étrangères.

Début septembre, c'est sous le couvert de l'organisation Children Rescue, dont le site Internet a été domicilié pour l'occasion aux États-Unis, que Breteau entame les ultimes préparatifs. « Dès qu'on posait des questions techniques, il nous disait que c'était secret, raconte Mahor Chiche, le président de Sauver le Darfour, qui a rencontré le pompier volontaire à trois reprises. S'il avait donné plus de détails opérationnels, il ne serait jamais allé aussi loin. »

Opération coup de poing

Décrit comme « idéaliste », « sincère » et « charismatique » par les familles du Cofod, Breteau semble avoir décidé son coup d'éclat début 2007, au retour d'une première mission au Darfour.

« Il est revenu secoué par ce qu'il avait vu là-bas, témoigne encore Mahor Chiche. C'est alors qu'il a pris la décision d'exfiltrer des orphelins vers l'Europe. D'après lui, de nombreux acteurs locaux rencontrés sur place - chefs de village, responsables de camps mais aussi d'ONG - cautionnaient ce projet. » À l'époque, Sauver le Darfour et L'Arche de Zoé tombent d'accord sur le principe d'une opération coup de poing qui romprait « le silence médiatique » autour de cette crise africaine. Elles rédigent un communiqué commun, publié le 28 avril, puis se séparent.

« Depuis, tout donne le sentiment que les responsables de l'association ont organisé une grande opacité autour de leur projet, y compris en ce qui concerne les flux financiers », s'inquiète-t-on au ministère des Affaires étrangères.