«Les pouvoirs publics français ne pouvaient pas ignorer l'opération»

Propos Recueillis Par Alexandre Sulzer

20 Minutes, 26 Octobre 2007

Trois questions à Mahor Chiche, président de l'association «Sauver Le Darfour», alors que des Français ont été arrêtés pour avoir tenté d’emmener des enfants.

Votre association a appelé en avril à l'opération de sauvetage des enfants du Darfour avec «L'Arche de Zoé». Que pensez-vous de la polémique actuelle?

Nous n'avons pas participé à l'opération d'un point de vue organisationnel mais nous lui avons apporté un soutien de principe. Pour nous, extrader des orphelins d'une zone de guerre et les abriter dans un pays tiers n'est pas choquant. C'est vrai que l'opération est illégale mais lorsque Bernard Henry-Lévy ou George Clooney se rendent au Darfour, ils franchissent également des frontières interdites de façon illégale.

Le projet initial se limitait à faire de l'animation, sur place, aux enfants. Mais les membres de «L'Arche de Zoé» ont décidé qu'il fallait faire plus une fois qu'ils se sont rendus compte de la gravité de la situation là-bas. Il n'était pas question toutefois d'adopter les enfants. L'idée était que les enfants, une fois en France, puissent bénéficier du statut de réfugiés. Nous nous étions engagés simplement à se battre pour leur régularisation et à leur fournir des peluches une fois qu'ils seraient en France.

Sauf que, selon l'Unicef, les orphelins ne seraient pas vraiment des orphelins…

Nous n'en savons pas assez pour savoir si nos partenaires de «L'Arche de Zoé» étaient des héros ou des escrocs. Peut-être nous sommes nous faits floués. Mais je ne crois pas. Si c'étaient des trafiquants d'enfants, pourquoi auraient-ils convoqué les médias comme ils l'ont fait sur le tarmac de l'aérodrome d'Abéché ? Pourquoi auraient-ils demandé à rencontrer Rama Yade, la secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme?

Que pensez-vous de la réaction du Quai d'Orsay et de l'Elysée qui ont condamné rapidement l'opération ?

Je la trouve un peu bizarre. Même si Rama Yade avait émis des «réserves» à l'opération, elle ne s'y était pas opposée. Les pouvoirs publics français ne pouvaient pas ne pas savoir que l'opération allait avoir lieu. L'avion qui allait chercher les enfants à la frontière faisait des rotations depuis Abéché, dont l'aéroport est contrôlé par les militaires français. Qui n'autorisent pas à y atterrir n'importe qui sans autorisation. Il faut avoir en tête que le président tchadien, Idriss Déby, est un protégé de la France mais aussi un allié de Khartoum. Peut-être souhaite-t-il casser toute idée de sauvetage d'enfants du Darfour. Car même si les membres de «L'Arche de Zoé» sont blanchis, plus aucune ONG ne tentera de les faire fuir.

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