Le monde doit ouvrir les yeux

Redaction

The Wall Street, 13 Avril 2010

Intimidations, fraudes, manipulation des listes électorales et corruption des chefs tribaux sévissent à grande échelle au Soudan. La plupart des 2,7 millions de Darfouriens déplacés vivent dans des camps de réfugiés.

Ils sont impossibles à recenser, et bien souvent ils s’y refusent. La coalition Sauver le Darfour, une structure qui regroupe plus de 190 organisations confessionnelles, humanitaires et de défense des droits de l’homme, invite les Etats-Unis et la communauté internationale à ne pas cautionner l’élection présidentielle du Soudan.

Cette prise de position est inattendue. “Nous estimons que cette élection ne sera ni libre ni juste, elle ne va même pas être crédible”, commente Robert Lawrence, directeur politique de la coalition.

L’espoir est une denrée rare au Darfour.

Mais, quand Barack Obama est devenu président, les réfugiés ont eu des raisons d’espérer. Du temps où il était jeune sénateur, Barack Obama avait clairement exprimé son indignation face aux maux du Darfour : “Le massacre d’innocents est inacceptable ! Des femmes qui partent ramasser du bois et subissent des viols collectifs, c’est inacceptable ! Et le silence, l’acquiescement, la paralysie face à un génocide, c’est inacceptable…”
Un an plus tard, il lançait : “Quand on assiste à un génocide, c’est une tache sur nous tous, une tache sur nos âmes.”

Les Darfouriens l’ont écouté attentivement, et ils ont eu une nouvelle bouffée d’espoir quand le président Obama a affirmé que le régime soudanais était “une offense à l’idée que nous nous faisons de l’humanité”.
Ils ont cru qu’il nommerait un émissaire qui prendrait leurs malheurs au sérieux et serait un arbitre honnête entre des groupes rebelles en guerre et le régime soudanais. Or comment son émissaire traite-t-il avec ceux qui ont perpétré les atrocités dont nos âmes sont souillées ? “Nous devons songer à leur donner des biscuits”, déclarait l’automne dernier au Washington Post Scott Gration, émissaire américain pour le Soudan. “Les pays sont comme les enfants, ils réagissent aux récompenses, aux visages souriants.”

Avec le soutien des Etats-Unis, ces élections truquées vont précipiter ce que l’International Crisis Group (ICG) a appelé des “conséquences catastrophiques”.

“La présidentielle d’avril va imposer une équipe illégitime, si bien que les Darfouriens n’auront même plus le maigre espoir d’un changement pacifique dans le statu quo”, assure E.J. Hogendoorn, directeur du projet Corne de l’Afrique au sein de l’ICG. “Au lieu de cela, beaucoup vont se tourner vers les groupes rebelles et lutter pour leurs droits et la reconquête de leurs territoires.” Avant l’élection, on savait d’ores et déjà qui serait le prochain président du Soudan. Il est donc essentiel que les observateurs internationaux, les gouvernements du monde entier, l’Union africaine et le Conseil de sécurité de l’ONU dénoncent ces élections truquées.

Ils devraient déclarer publiquement que M. El-Béchir va gouverner sans véritable mandat démocratique. Son régime ne doit pas obtenir la légitimité à laquelle il prétend.