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Force de paix au Darfour: l'UA travaille à "convaincre et rassurer"

Afp, 22 Novembre 2007

L'Union Africaine (UA), empêtrée militairement au Darfour (ouest du Soudan), tente de rassurer et de convaincre ses Etats membres de fournir des troupes pour une opération de paix qui doit passer sous mandat de l'ONU en janvier.

"Nous avons lancé des missions de sensibilisation dans différents pays contributeurs de troupes, nous essayons de rassurer et de convaincre", a expliqué à l'AFP Saïd Djinnit, commissaire à la paix et à la sécurité de l'UA, chargé de l'opération de paix africaine au Soudan (Amis).

"Une mission spéciale est en cours auprès de l'Ethiopie et de l'Egypte, des pays qui grâce à leur proximité géographique pourraient accélérer le déploiement de leurs forces au Darfour", ajoute-t-il. Au siège de l'UA à Addis Abeba, "des consultations sont en cours à plusieurs niveaux pour faciliter les discussions sur le déploiement de la Minuad (Mission des Nations unies au Darfour) et rassurer les uns et les autres".

Le 15 novembre, Jean-Marie Guéhenno, chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, avait prévenu que le déploiement de la force mixte UA-ONU pourrait subir des retards, et même échouer, si certains obstacles n'étaient pas rapidement levés.

Selon lui, le déploiement des premiers éléments de cette force de quelque 26.000 hommes, décidée par l'ONU en juillet, risque de ne pas se produire début 2008 comme prévu, car elle ne dispose toujours pas de la mobilité aérienne et d'unités spéciales indispensables.

L'UA dispose déjà de quelque 7.000 hommes sur place, certes mal équipés et sous-financés, mais qui depuis leur présence au Darfour en 2004 remplissent tant bien que mal leur mission, en dépit des attaques dont ils ont été plusieurs fois victimes.

La dernière attaque en date, début octobre à Haskanita (sud du Darfour), avait fait dix morts.

"C'est vrai que depuis l'attaque d'Haskanita, les pays contributeurs de troupes se sont posés des questions légitimes, y compris la Chine qui déploie des éléments du génie", reconnaît un fonctionnaire de l'UA.

Saïd Djinnit, lui, se veut confiant, rappelant que "des renforts du Nigeria, un bataillon (700 hommes), sont en route, ceux du Rwanda, un bataillon également, sont arrivés fin octobre sur le terrain".

La Tanzanie a pour sa part annoncé mardi l'envoi de 800 hommes à compter de mars 2008.

En cas de retard des contingents purement onusiens, "il n'y a pas de scénario de prolongation du mandat de l'Amis. Le passage de relais se fera automatiquement au 1er janvier entre l'Amis et la Minuad", les casques blancs de l'UA, devenant des casques bleus.

Outre les hommes de l'Amis, seule la structure de commandement de la Minuad est actuellement en place, ainsi qu'une petite unité de génie chinoise.

Aux lourdeurs inhérentes à la mise en place de toute force de paix s'ajoutent les réticences de Khartoum, qui veut que la Minuad soit "essentiellement africaine".

Ainsi, selon l'ONU, Khartoum ne donne pas son feu vert à l'arrivée d'un bataillon d'infanterie thaïlandais, à celles de deux compagnies de réserve népalaises, dont une de forces spéciales, et d'une compagnie du génie fournie par les pays nordiques.

Le déploiement de la force hybride ONU-UA a été décidé par le Conseil de sécurité fin juillet. Il s'agira de la plus importante force de maintien de la paix au monde, avec 19.000 militaires, 6.000 policiers et environ 5.500 civils.

Le conflit au Darfour a fait environ 200.000 morts et 2,2 millions de personnes déplacées, selon l'ONU, des chiffres que ne reconnaît pas Khartoum.