Sauver Le Darfour dans le monde

L’Afrique concentre trois quarts des opérations de maintien de la paix

Afrique Centrale Info , 15 Novembre 2007

Entretien avec Jean-Marie Guéhenno, chef du Département des opérations de maintien de la paix aux Nations unies

En Côte d’Ivoire, en République démocratique du Congo ou encore au Soudan, les opérations de maintien de la paix se multiplient ces dernières années sur le sol africain. Jean-Marie Guéhenno, secrétaire général adjoint chargé des opérations de maintien de la Paix des Nations unies revient sur l’action de son département en Afrique.

ept opérations de maintien de la paix, sur 20 dans le monde, sont en cours sur le continent africain. La plus ancienne est la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental (Minurso), établie en 1991 à la suite de l’ accord entre le Maroc et le Front Polisario. Des casques bleus sont déployés en Côte d’Ivoire, en République Démocratique du Congo (RDC), en Ethiopie et en Erythrée (une mission), au Libéria, au Soudan (2 missions), en République centrafricaine et au Tchad (une mision).

Afrik.com : Quelle part tient l’Afrique dans les opérations de maintien de la paix dans le monde ? La situation au Darfour et en République Démocratique du Congo mobilisent d’ailleurs l’attention depuis quelques semaines.
Jean-Marie Guéhenno : L’Afrique représente trois quarts des déploiements de Casques bleus dans le monde. Grâce à eux, des progrès incontestables ont été faits dans des pays comme la Sierra Leone, où se sont tenues récemment des élections présidentielles, ou encore au Libéria. De quoi nous donner de l’espoir. Pour en revenir à la République Démocratique du Congo, la situation dans l’Est du pays reste un sujet de grande inquiétude. Il est important que l’Etat puisse affirmer aussi son autorité dans cette partie du pays. Le Darfour reste également une préoccupation majeure. Il faut que des négociations s’engagent entre les rebelles et le gouvernement. Une démarche à laquelle aucune force de maintien de la paix ne peut se substituer.

Afrik.com : Où en êtes-vous quant au déploiement de l’Opération hybride Union africaine-Nations unies au Darfour, la Minuad ?
Jean-Marie Guéhenno : Il nous manque encore des capacités critiques, à savoir deux compagnies de transport terrestre et trois unités d’hélicoptères tactiques, soit 18 hélicoptères en tout. Ce dispositif est indispensable en cas de difficulté parce qu’il assure la mobilité de la force et a un effet dissuasif. Nous n’avons pas encore reçu d’offre des pays contributeurs. C’est préoccupant car ces forces sont essentielles. C’est en outre un véritable test pour la communauté internationale : si elle veut donner des moyens aux Nations unies, elle doit le faire au Darfour. Je suis inquiet qu’à quelques semaines du transfert des opérations de l’Amis (Mission de l’Union africaine au Soudan, ndlr) à la Minuad, nous n’ayons pas encore ces moyens. C’est dommage.

Afrik.com : Quel est le budget des opérations de maintien de la paix en Afrique ?
Jean-Marie Guéhenno : Plus de 5,3 milliards de dollars et avec les opérations prévues au Soudan et au Tchad (Mission des Nations Unies en République Centrafricaine et au Tchad, Minurcat, ndlr), on devrait atteindre les 7 milliards de dollars. Un chiffre important en soi, mais très faible comparé aux dépenses militaires internationales. On en dépense que 0,5% pour maintenir la paix dans le monde.

Afrik.com : Une école de formation de troupes africaines destinées aux opérations de maintien de la paix de l’ONU en Afrique devrait prochainement voir le jour sous l’égide notamment des Nation unies et de la France. Que vous inspire cette initiative ?
Jean-Marie Guéhenno : J’ai participé à une réunion au Cameroun sur ce projet. Il est intéressant d’autant qu’il va se focaliser sur la police et le maintien de l’ordre. Ce qui est absolument nécessaire parce que les opérations de maintien de la paix comprennent désormais, de plus en plus, un volet important de maintien de l’ordre. Il est indispensable d’avoir des gens formés qui réagiront de façon adéquate lorsqu’il y a, par exemple, des mouvements de foule, d’avoir des unités de policiers bien entraînées. Nous n’avons pas assez de capacités dans ce domaine. Des initiatives comme cette école internationale viennent par conséquent à point nommé.

Afrik.com : Quelle sera la contribution de votre département à ce projet ?
Jean-Marie Guéhenno : Nous n’avons pas de budget de coopération, mais nous pouvons mettre à disposition des formateurs de formateurs et aider à développer des contenus pédagogiques.