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Le pétrole bloque les pourparlers Nord-Sud au Soudan

Le Monde, 11 Novembre 2007

Nordistes et sudistes ne sont pas parvenus ce week-end à s'entendre au Soudan malgré l'accord de réconciliation nationale de 2005 sur un partage équitable du pouvoir et des ressources.

Le statut de la région pétrolière d'Abyei, au coeur du pays le plus vaste du continent, est toujours au centre de ce conflit, le plus vieux d'Afrique.



Le Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), ancien groupe rebelle du Sud, a annoncé dimanche la suspension du comité chargé de résoudre les divergences avec le Parti du congrès national (NCP), formation nordiste qui domine le gouvernement central.

"Le comité a cessé de siéger", a indiqué à Reuters Yasir Arman, membre de ce groupe de travail et secrétaire général adjoint du SPLM.

Cette instance a pris la décision de mettre fin aux pourparlers, dans l'attente d'une réunion, vraisemblablement la semaine prochaine, entre le Premier vice-président Salva Kiir, chef du SPLM, et le président Omar Hassan al Bachir.

Le SPLM et le NCP avaient conclu en 2005 à Nairobi un accord de réconciliation prévoyant le partage des ressources et du pouvoir.

Selon les anciens rebelles, le NCP manque toutefois de volonté politique pour appliquer cet accord et le SPLM a décidé en conséquence de se retirer du gouvernement en octobre.

"Nous avons rencontré de très graves difficultés qui nous ont empêché de poursuivre le travail du comité", a indiqué Arman. "La principale de ces difficultés concerne Abyei", a-t-il ajouté.

RISQUE DE SECESSION?

"Les membres du comité ont décidé qu'ils ne pouvaient plus travailler tant que de nouvelles consultations avec la présidence n'auraient pas eu lieu."

Selon le centre de recherche International Crisis Group (ICG), la région d'Abyei doit, en vertu de l'accord de 2005, bénéficier d'un statut de zone autonome spéciale jusqu'en 2011, date à laquelle elle pourrait choisir par référendum de rallier un éventuel Sud autonome.

L'émissaire américain au Soudan, Andrew Natsios, a indiqué que les deux parties avaient aplani la plupart de leurs désaccords, à l'exception du statut d'Abyei et celui de la frontière Nord-Sud, sur laquelle se trouve Abyei.

Il s'est également dit encouragé par le dialogue constructif qu'il a constaté lors de son déplacement au Soudan la semaine dernière.

Pour Arman, un accord est toujours possible malgré les difficultés, mais dépend de la volonté de ses interlocuteurs du Nord.

A Khartoum, le chef de l'opposition islamiste Hassan al Tourabi a mis en garde contre une sécession unilatérale du Sud en cas d'impasse persistante.

"Ce problème pourrait déboucher sur une situation très grave", a déclaré Tourabi à Reuters. "Cela pourrait pousser le Sud à proclamer l'indépendance de façon unilatérale."

Tourabi, ancien idéologue du gouvernement soudanais tombé en disgrâce, a proposé qu'en cas de sécession, Abyei devienne une zone neutre, ouverte au libre-échange et dont les revenus seraient partagés afin d'éviter une nouvelle guerre civile.

La guerre civile entre le nord et le sud du Soudan a fait près de deux millions de morts et plus de quatre millions de réfugiés.