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Darfour: un acquis «sur le papier»

La Libre Belgique , 01 Septembre 2006

La résolution envoyant des Casques bleus au Darfour est difficile à appliquer sans accord du Soudan. Et Khartoum maintient son opposition à «une tutelle».
Le Soudan est prêt à «faire face à l'intervention internationale» , a indiqué vendredi son vice-Président Ali Osman Taha, au lendemain de l'adoption par le Conseil de sécurité de l'Onu d'une résolution prévoyant le déploiement de Casques bleus au Darfour (ouest du Soudan).

Il y a quinze jours, le chef de l'Etat, Omar el-Béchir, avait déclaré que son pays était «déterminé à vaincre n'importe quelle force étrangère qui entrera dans le pays, comme le Hezbollah a battu les troupes israéliennes».
La résolution, américano-britannique, prévoit explicitement l'accord du Soudan pour ce déploiement. Cela n'a pas empêché la secrétaire d'Etat américaine adjointe aux Organisations internationales, Kristen Silverberg, d'assurer que le texte voté «invite à obtenir l'accord du Soudan. Rien n'exige l'accord du Soudan».

Sur le papier seulement

Un point de vue qui n'est pas nécessairement partagé dans les milieux diplomatiques européens, où l'on indique que le déploiement «est acquis sur le papier» seulement, et, signale l'AFP, à New York, où l'on estime qu'il est peu probable que de nombreux pays fournissent des soldats à une mission à laquelle s'oppose Khartoum. La résolution prévoit le placement sous autorité d'un même commandement de l'Onu à la fois des 10000 Casques bleus déjà en poste au Sud-Soudan, pour veiller à l'application de l'accord de paix spécifique signé pour cette région en janvier 2005, et de 17300 militaires et 3300 policiers au Darfour; il n'est pas encore clair si ces 17300 hommes comprendront tout ou partie des 7000 soldats africains qui sont déjà au Darfour, sous l'égide de l'Union africaine.

Ces derniers ne suffisent pas à assurer la sécurité au Darfour, où forces gouvernementales et milice arabe «Djandjawid» s'en prennent à la population locale, supposée appuyer trois mouvements rebelles locaux. La force de l'Union africaine manque d'argent depuis le printemps dernier, la Chambre des représentants américaine lui ayant refusé un nouveau budget et l'Union européenne ne voulant pas assurer seule son financement.

Faux accord

Selon la secrétaire d'Etat américaine adjointe aux Affaires africaines, Jendayi Frazer, le déploiement de Casques bleus décidé jeudi doit permettre l'application d'un accord de paix pour le Darfour datant de mai dernier.
Or, cet «accord», qui fait la part belle aux positions du gouvernement islamiste soudanais, n'a obtenu l'assentiment que de 2 des 4 parties concernées: Khartoum et une des trois factions rebelles du Darfour, le SLM de Minni Minawi - dont, en outre, le bureau politique et une partie des officiers s'étaient ensuite désolidarisés.
Khartoum a estimé qu'il n'y avait «plus de place pour une intervention étrangère dans ce pays après la signature de l'accord de paix» de mai, tandis que Washington juge que le Soudan a «l'obligation d'accepter cette force (NdlR: les Casques bleus) dans le cadre du processus de paix qu'il a signé» il y a trois mois.
Cet «accord», et l'insistance de la communauté internationale à l'imposer, est pour beaucoup dans la recrudescence des violences enregistrées depuis lors au Darfour, selon plusieurs sources, tout en compliquant la situation sur place puisqu'il a accru les divisions entre rebelles darfouris. L'opposition soudanaise non armée signale ainsi la récente création d'une «Organisation du Jihad au Darfour».

Délaissée

Le conflit date du début 2003, quand deux rébellions se sont soulevées au Darfour pour protester contre l'abandon dans lequel leur région est laissée par Khartoum. A l'époque, les Darfouris (environ 6 millions de personnes) notaient avec envie les avantages promis aux rebelles du Sud-Soudan lors des négociations de paix alors en cours, après une guerre civile d'une vingtaine d'années. Des mouvements rebelles ont également surgi au nord-est (Port-Soudan) et dans le Kordofan (centre).

Les deux rébellions du Darfour sont le Mouvement de libération du Soudan (SLM), pluriethnique, et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), islamiste. Début 2006, Minni Minawi a créé une faction dissidente du SLM en réunissant les ressortissants de son ethnie, les Zaghawas, à laquelle avait été confiée la direction des affaires militaires de la guérilla; cette ethnie est en effet particulièrement guerrière et a participé à des combats aux côtés des Zaghawas du Tchad voisin (dont fait partie le président tchadien, Idriss Déby).