Sauver Le Darfour dans le monde

Mettre fin à la catastrophe du Darfour

La Grande Epoque, 09 Novembre 2007

Discours prononcé au colloque international Les missions de paix sont-elles encore possibles? ayant eu lieu à l’UQAM le 1er novembre 2007. David Kilgour est un ex-député fédéral ayant servi le plus longtemps au Parlement canadien (1979-2006). Il se dédie maintenant aux causes humanitaires et à la défense des droits de l’Homme.

Avant de commencer mon discours, permettez-moi de répéter quelques points importants, lesquels ont été exposés à propos du Darfour la fin de semaine dernière dans la Conférence sur la santé et les droits de l’Homme à l’Université Queen’s. Je vais faire référence seulement à ce qu’ont exprimé le sergent Debbie Bodkin et le major Brent Beardsley.

Bodkin, une agente de police de Waterloo, a fait enquête sur les victimes, d’abord en Yougoslavie en 2000, au Tchad en 2004 et pour la Commission d’enquête de l’ONU sur le Darfour de 2004 à 2005. Elle a décrit ce qu’elle a entendu pendant les entretiens avec des victimes durant l’enquête pour l’ONU; une fille du Darfour de dix ans qui avait été violée par une bande de janjaweed. Une brave femme lui a dit que dans son camp de réfugiés, près de 50 femmes et filles du Darfour avaient été violées. L’une des insultes prononcées par ceux qui ont commis le délit était «esclave, va-t’en de mon pays». La commission de l’ONU a décidé plus tard que cela n’était pas un génocide. [Il s’agissait] au contraire seulement de crimes contre l’humanité. Cette adjudication, pour des motifs politiques (à mon avis), en réalité, c’est comme si la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide n’avait pas eu lieu en 1948. Bodkin nous a commenté qu’elle souffre jusqu’à présent de stress post-traumatique, en partie parce que les «assassins sont toujours en liberté».

Beardsley, un officier avec Roméo Dallaire pendant les événements d’avril-juillet de 1994 au Rwanda, a précisé que la réponse à la catastrophe du Darfour continue d’être «inefficace», après des années de cauchemar. Il a cité la phrase suivante de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide : «Détruire tout ou une partie des membres d’une race, nation, religion ou groupe ethnique» pour nous rappeler que le viol est maintenant un outil de génocide dans la jurisprudence. Il nous a conduit à travers quelques-uns des plus grands faits du génocide au Rwanda et les violations de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide semblent, dans les deux cas, évidentes. Il a signalé, entre autres propositions, qu’il faut faire pression sur la Chine pour que le gouvernement soudanais cesse de tuer et violer. La Chine, a-t-il remarqué, est à l’écoute en raison de sa préoccupation pour les possibles spectateurs ou ceux qui vont refuser d’assister aux Jeux olympiques.

Les nouvelles négociations de paix
La situation au Darfour continue à se détériorer même si les nouvelles négociations de paix ont commencé la fin de semaine dernière. Les diplomates impliqués dans la catastrophe au Darfour, habituellement provenant de gouvernements responsables dans la communauté internationale, ont laissé tomber les résidents africains du Darfour – incluant une estimation de 400 000 à 450 000 personnes jusqu'à présent mortes par balles, bombes, brûlées – et des conséquences reliées, comme la famine. Je ne sais simplement pas comment les ambassadeurs impliqués dans cela peuvent dormir tranquilles la nuit, incluant l’ambassadeur qui a été cité récemment, de façon anonyme, disant que le génocide est terminé parce que le taux de décès a diminué.

Permettez-moi de me concentrer pendant un moment sur un incident largement oublié, en dehors de la région, pour illustrer comment les gouvernements de Chine et du Soudan se sont longtemps moqués du reste du monde au Soudan.

Le 26 février 2002, la ville de Nuer de Nahibloiu, dans le centre du Soudan, a été rasée pour faire place à un puits de pétrole qui est maintenant en fonction dans la communauté voisine de Leal. Selon le livre lauréat China Shakes the World, 2006, par James Kynge, citant Peter Goodman du Washington Post, «Des mortiers sont tombés à l’aube, suivis par des hélicoptères qui ont tiré sur les huttes où les gens vivaient. Des avions Antonov ont largué des bombes et à peu près 7000 soldats du gouvernement (soudanais) et de la milice progouvernementale ont balayé la région avec des fusils et plus de vingt tanks, selon le rapport de Goodman fondé sur des sources locales. Goodman avait cité un résidant disant : «Les Chinois veulent creuser la terre pour chercher du pétrole, c’est pourquoi nous sommes éliminés». Yackok a dit aussi que sa femme et ses six enfants avaient été tués dans l’opération. Le chef de Leal, Tanguar Kuiyguong, a dit à Goodman que près de 3000 des 10 000 habitants de la ville avaient été tués et que chaque maison avait été complètement brûlées.

Depuis 1997, le gouvernement chinois a été le plus grand fournisseur d’armes au régime d’al-Beshir au Soudan. Des tanks, bombardiers, hélicoptères, armes automatiques et lance-grenades ont tous été payés avec l’argent du pétrole vendu surtout à la China National Petroleum Corporation, appartenant au gouvernement chinois. Le délégué chinois du ministère des Affaires étrangères, Zhou Wenzhong, a même insisté en 2004 : «Les affaires sont les affaires. Nous essayons de séparer la politique des affaires.»

Les diplomates chinois au Conseil de sécurité de l’ONU et ailleurs ont mélangé continuellement les affaires et la politique lorsqu’il s’agissait du Soudan, au moins depuis 1997. [L’actrice] Mia Farrow a tout à fait raison lorsqu’elle parle du rôle actif et persistant de la Chine dans la catastrophe actuelle du Soudan. «Olympiques du Génocide», c’est son expression mémorable et toujours actuelle. Bravo Mia!