Sauver Le Darfour dans le monde

Les composantes du Darfour

Irin, 06 Novembre 2007

Les deux groupes rebelles armés actifs au Darfour en 2003, année où a éclaté le conflit majeur qui sévit dans la région – le Mouvement de libération du Soudan (MLS) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) – se sont depuis lors divisés en une multitude impressionnante de factions souvent rivales.

Darfour signifie « maison des Fours » – la plus grande communauté d’ascendance africaine de la région. Les Massalits représentent le deuxième plus grand groupe ethnique, suivi des Zaghawas. L’autre communauté importante est composée de tribus arabes, connues sous le nom de Darfouris d’origine arabe.

Une première dissension majeure s’est opérée en novembre 2005, lorsque Minni Minnawi, chef militaire du MLS, de l’ethnie des Zaghawas, s’est désolidarisé du leader politique Abdul Wahid Mohamed el Nour, de l’ethnie des Fours. En 2006, la faction de M. Minnawi était le seul groupe armé à avoir signé l’Accord de paix du Darfour. Celui-ci a par la suite occupé le poste de conseiller auprès du gouvernement de Khartoum.

Aujourd’hui, il existe au moins une douzaine (peut-être pas moins de 16) de groupes armés, produits du MJE ou du MLS.

Les médiateurs du processus de paix actuel doivent faire face à de grandes difficultés, dues à la prolifération des factions et à leur désunion. Certaines des principales parties prenantes au conflit n’ont d’ailleurs pas assisté à l’ouverture des pourparlers de Syrte, en Libye, et notamment MM. Minnawi et el Nour.

Les factions présentes aux pourparlers de Syrte étaient les suivantes :

Le Mouvement pour la justice et l’égalité - Azraq (MJE-Azraq) – mené par Mohamed Idriss Azraq. Cette faction s’est désolidarisée du MJE initial (voir ci-après), dirigé par Khalil Ibrahim. Le MJE est également connu sous le nom de Mouvement de libération du Darfour. Sa délégation à Syrte était menée par Ibrahim Abdallah. Cette faction représente les Darfouris d’origine africaine et appelle à leur « auto- détermination ».

Le Mouvement pour la justice et l’égalité – Direction collective (MJE- Direction collective) – mené par Bahar Idriss Abu Garda, qui ne s’est pas présenté à Syrte. Il représente les Darfouris d’origine africaine. Tadjedin Niam s’est exprimé au nom du mouvement dans le cadre des pourparlers.

Le Mouvement national pour la réforme et le développement (MNRD) – mené par Jibril Abdel Karim, de l’ethnie des Zaghawas, mais représenté à Syrte par Khalil Abdullah. Le groupe s’est désolidarisé du MJE en 2004.

Le Front des forces révolutionnaires démocratiques (FFRD) – mené par Salah Abdurahman Abu Surrah, présent aux pourparlers de Syrte. Cette faction représente les communautés arabes. Selon M. Abu Surrah, elle existe depuis de « nombreuses » années, mais n’a adopté le nom de FFDR qu’en 2006.
Au sujet des milices janjawids (voir ci-après), M. Abu Surrah a déclaré que son mouvement avait accueilli en son sein certains de leurs membres, en vue d’affaiblir le pouvoir du gouvernement dans la région. D’après lui, le gouvernement se servirait en effet des Janjawids pour combattre ses opposants.

Le Mouvement révolutionnaire uni (MRU) alias le RUF – avec, à sa tête, Alhadi Agabeldour, qui dirigeait sa délégation. Cette faction représente les communautés arabes. Quoiqu’auparavant considérés comme pro-gouvernementaux, au cours des pourparlers, le FFRD et le MRU se sont présentés comme des mouvements de résistance.

L’Alliance démocratique fédérale du Soudan (ADFS) – avec, à sa tête, Ahmed Ibrahim Diraige, qui en dirigeait également la délégation. Contrairement à la plupart des autres mouvements, celui-ci n’est pas une faction dissidente du MJE ni de l’ALS. M. Diraige, selon plusieurs sources soudanaises, est une personnalité à laquelle il faudra être attentif en l’absence d’Abdul Wahid Mohamed el-Nour, qui a boycotté les pourparlers et jouit du soutien des communautés. Cette faction représente les Darfouris d’origine africaine.

Le Mouvement de libération du Soudan (MLS) – mené par Khamis Abdallah Abakar et principalement représenté à Syrte par Mohammed Ali Nasser, adjoint aux affaires politiques du mouvement, qui représente les Darfouris d’origine africaine.

Le Mouvement de libération du Soudan-Unité (MLS-Unité) – dirigé par Abdallah Yahya. Initialement membre du Groupe des 19 au sein du MLS original, Adam Bakhiet dirigeait le mouvement à Syrte. Celui-ci représente les Darfouris d’origine africaine.

Parmi les mouvements n’ayant pas pris part aux premières séances des pourparlers de Syrte, on compte :

Une faction du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) dirigée par Khalil Ibrahim, de l’ethnie des Zaghawas. Le MJE a boycotté les pourparlers de Syrte pour protester contre la présence de mouvements de résistance qui, prétend-il, n’ont aucune influence et ne sont pas présents sur le terrain, au Darfour.

Les factions du Mouvement/Armée de libération du Soudan (M/ALS) dirigées par :
- Abdul Wahid Mohamed el Nour, de la communauté des Fours, considéré par bon nombre de personnes comme le chef rebelle le plus populaire du Darfour. M. el Nour, qui se trouve à Paris, a refusé de prendre part au processus de paix tant que la Mission hybride des Nations Unies et de l’Union africaine (MINUAD) n’aurait pas été déployée au Darfour.
- Ahmed Abdel Shafi, qui a par la suite adressé un courrier à l’équipe de médiation UA-Nations Unies pour demander à participer aux pourparlers. M. Shafi, qui appartient à l’ethnie des Fours, s’est désolidarisé du M/ALS de M. el Nour. Il avait assisté aux pourparlers de Juba, destinés à unifier et à réconcilier les mouvements en prévision des pourparlers de Syrte. Selon plusieurs sources soudanaises, M. Shafi se trouve encore à Juba ; l’équipe de médiation le rencontrera au Darfour pour faire en sorte que sa faction prenne part au processus.

Le Mouvement/Armée de libération du Soudan-Unité (M/ALS-Unité) –Alliance de plusieurs leaders de mouvements de résistance, seule une faction du MLS-Unité est représentée aux pourparlers de Syrte (voir plus haut).

Les Janjawids – Moussa Hilal, qui s’est publiquement associé aux Janjawids, est parfois considéré comme leur leader. Accusée par bon nombre de personnes d’avoir commis des atrocités au Darfour, cette milice pro-gouvernementale lutte aux côtés des forces du gouvernement soudanais contre les rebelles du Darfour, depuis le début du conflit. Il semble néanmoins peu probable, compte tenu des affrontements interarabes constatés, qu’il s’agisse là d’une seule et même milice arabe au commandement unifié.