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Le Tchad a toujours aiguisé les rivalités entre Paris et Tripoli

Le Figaro, 01 Novembre 2007

Depuis plus de trente ans, ce pays d'Afrique centrale est au coeur des relations franco-libyennes, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. En ce moment, elles s'améliorent.


LE COLONEL Kadhafi médiateur dans l'affaire de L'Arche de Zoé ? C'est ce qu'affirment des membres de l'opposition tchadienne en contact avec Tripoli. Le président français a démenti hier avoir accepté une telle offre : « Pour l'instant, non, pas du tout », a dit Nicolas Sarkozy au cours de son déplacement en Corse.


Mais il n'y aurait rien d'étonnant à ce que le guide de la révolution libyenne ait au moins évoqué cette possibilité. Mouammar Kadhafi se considère comme l'intermédiaire obligé pour tous les conflits africains, petits ou grands, surtout quand la France est impliquée. Et encore plus s'il s'agit du Tchad. Il y a d'ailleurs un précédent. En 1977, c'est Mouammar Kadhafi qui avait négocié la libération de l'ethnologue française Françoise Claustre, enlevée pendant 33 mois par Hissène Habré, alors en rébellion. Toutes les autres tentatives avaient échoué. L'année précédente, le premier ministre de l'époque, Jacques Chirac, avait fait le voyage de Tripoli à cette fin.


Un dispositif militaire français d'un millier d'hommes


Le colonel avait alors démontré une fois de plus son influence sur le Tchad, qu'il a toujours considéré, pour des raisons historiques et stratégiques, comme une vaste arrière-cour. La France aussi, et c'est pourquoi le Tchad en particulier, et l'Afrique en général, se trouvent toujours placés au coeur des relations franco-libyennes, bonnes ou mauvaises. Depuis quelques années, elles sont plutôt bonnes. Le choix de la Libye de confier à la France les infirmières bulgares en juillet, avant une visite officielle de Sarkozy - qui sera suivie en décembre de celle de Kadhafi en France - entérine un rapprochement déjà concrétisé par le voyage de Jacques Chirac en Libye en novembre 2004.


On avait vu alors les murs de Tripoli se couvrir de reproductions géantes du Serment du Jeu de paume ou de La Prise de la Bastille, accompagnées de slogans comparant la Révolution française à la révolution libyenne. Mais la veille de l'arrivée du président français, le colonel lui avait servi une douche écossaise en déclarant au Figaro : « Mais que fait l'armée française en Afrique ? » En Afrique, et en particulier au Tchad, où la France entretient un dispositif aéro-terrestre d'un millier d'hommes, et où elle apportera la plus forte contribution à la force d'interposition européenne prévue dans l'est du pays à la fin de cette année.


Kadhafi n'aime pas voir des soldats français dans son domaine réservé. Il les a parfois affrontés, et pas à son avantage. En 1980 et 1983, Paris a contré la Libye les armes à la main pour défendre le Tchad. En 1986, des Jaguar français ont bombardé la piste de Ouadi-Doum, en territoire libyen. Finalement, Tripoli n'a pas gagné. Le projet de fusion avec le Tchad, en 1980, a échoué, et la bande d'Aozou, une région du Nord riche en minerai convoitée par la Libye, est restée tchadienne.


On était alors dans une phase de conflit entre Paris et Tripoli. Les états de belligérance n'ont jamais duré. Les deux pays ont trop besoin l'un de l'autre. Tout en « contenant » Kadhafi au Tchad, Paris l'a le plus souvent ménagé, au nom d'une convergence stratégique globale. Kadhafi partage cette vision. Dans les années 1970, c'est vers la France qu'il s'est tourné pour acheter des Mirage F1, afin de ne privilégier ni les États-Unis ni l'URSS. À l'époque, Mouammar Kadhafi comparait de Gaulle à Nasser...


Pour le meilleur et pour le pire


En Afrique, même si Kadhafi s'irrite de la présence des militaires français, la France prend depuis longtemps en considération son influence sur les pays et les mouvements rebelles, surtout dans la partie francophone du continent.


Pour le meilleur et parfois pour le pire. Ainsi, au nom de la rivalité avec les États-Unis sur le continent, Paris a soutenu Charles Taylor, le sanguinaire chef de guerre libérien aujourd'hui déféré devant la justice internationale, et qui était alors financé par la Libye. Kadhafi a aussi largement aidé feu le général Eyadéma, le tyran togolais mis au ban de l'Union européenne mais défendu par Jacques Chirac. Le Burkinabé Blaise Compaoré, plaque tournante de l'influence libyenne en Afrique de l'Ouest, est aussi un ami de la France, et le rôle des trois pays dans la crise ivoirienne reste à écrire.