Sauver Le Darfour dans le monde

"L'affaire Arche de Zoé intervient au mauvais moment"

Liberation, 31 Octobre 2007

Antoine Glaser, directeur de La Lettre du Continent et spécialiste des relations franco-africaines, revient sur les intérêts diplomatiques en jeu dans l'affaire de l'Arche de Zoé et sur ses conséquences dans la région.

Les autorités françaises ont vivement condamné l'opération de l’Arche de Zoé. Question de diplomatie?

La France a pris l’initiative du déploiement d’un force européenne (Eufor) à la frontière du Tchad pour sécuriser les camps. Cette opération a été très difficile à monter, car la France n’a pas obtenu le soutien franc et massif de ses homologues européens. A ma connaissance, les Anglais et les Allemands ont refusé d’y participer, prétextant être trop engagés sur d’autres fronts. Au lieu de 4000 hommes, la force n’en comptera que 3000, dont 1500 français. L’affaire de l’Arche de Zoé intervient donc au mauvais moment. Elle freine les efforts de la diplomatie française dans la région. D’où la réaction très vive de Nicolas Sarkozy, Rama Yade et Bernard Kouchner. Ebranlée, l’opération de l'Eufor n’est toutefois pas remise en cause. Le président tchadien Idriss Déby s'est montré très virulent, évoquant "un réseau pédophile". Que cherche-t-il?Fragilisé et accusé par l’opposition d’être l’homme d’un camp, il cherche à asseoir son pouvoir. Il tente de créer un front autour de sa personne, en mobilisant l’opinion contre l'étranger et contre une opération extérieure mal perçue par la population locale.

Pourquoi le Quai d’Orsay n'a-t-il pas réagi plus tôt?

Il ne faut pas sous-estimer la faiblesse de l’administration française, qui n’a plus l’argent et les assistants techniques dont elle disposait dans le passé. Sans oublier qu’il y a aujourd’hui 15000 ONG sur place à contrôler. Il ne faut pas non plus imaginer que les militaires racontent tout aux diplomates. Bien sûr, on ne peut imaginer que les services de renseignement extérieurs n’aient pas été au courant. Un espion stagiaire l’aurait été. Mais la communication ne s’est pas bien établie. Et une fois averti, le Quai d’Orsay a certainement espéré avoir plus de temps pour réagir. L’affaire témoigne d’une grande cacophonie.

Un parallèle avec l’affaire des infirmières bulgares est-il pertinent?

Non. Kadhafi avait les moyens de résister à la communauté internationale. Déby, pour des raisons internes, a été très virulent. Mais il a encore besoin de Paris qui l’a porté au pouvoir. Il va par contre tenter de faire monter l’addition, en exigeant par exemple de la France un soutien, des aides financières et militaires plus appuyées contre les rebelles.