Sauver Le Darfour dans le monde

Fillon condamne l'Arche de Zoé

Liberation, 30 Octobre 2007

Mardi à l'Assemblée nationale, le Premier ministre a déclaré que l'armée française au Tchad a été «abusée». L'ancien président de MSF affirme de son côté que Kouchner porte une «responsabilité morale» dans l'affaire.

L’affaire autour de l’Arche de Zoé a atterri à l’Assemblée nationale. Mardi, lors de la séance des questions d’actualité au gouvernement, François Fillon a déclaré que l’opération conduite par l’ONG est «condamnable et le gouvernement français la condamne».
«Les autorités françaises sur place et semble-t-il les autorités tchadiennes, a indiqué Fillon, ont été abusées par une organisation qui s’est dissimulée sous une fausse identité pour obtenir les autorisations et les transports qui étaient nécessaires pour acheminer les enfants.»

«L’Afrique de Papa, c’est terminé»

Le Premier ministre a souhaité que l’affaire «ne jette pas le pas le discrédit sur les ONG opérant au Tchad et au Darfour». Il a également rappelé que le «ministère des Affaires étrangères avait tout fait pour dissuader l’Arche de Zoé de poursuivre ce projet et une information judiciaire a été ouverte dès le mois d’octobre à l’encontre de cette opération et de cette association».
François Fillon a précisé que la France avait décidé de «débloquer de nouvelles contributions financières spécifiquement au profit des enfants déplacés».
Interrogé par Jean-Louis Bianco (PS-Alpes-de-Haute-Provence), le Premier ministre n’a pas souhaité répondre au député qui lui demandait notamment pourquoi la France n’a pas empêché l’opération de l’Arche de Zoé. Bianco a rappelé «que l’armée française les 21 août et 9 septembre a transporté des membres de l’association et deux tonnes de matériel».

Rama Yade, la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, s’est bien gardé d’argumenter sur cette question. Après sa visite la semaine dernière au Darfour, elle a martelé que «l’Etat Français a été à la hauteur de la situation». Avant d’interroger: «Fallait-il envoyer nos troupes au Tchad pour arrêter l’opération? Non, l’Afrique de Papa, c’est terminé.»
Elle a répété que la France n’abandonnera pas ses ressortissants et s’engage à faire «valoir leurs droits, et en particulier ceux des journalistes».

Réunion au Quai d'Orsay

La secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme a proposé de recevoir mercredi au Quai d’Orsay une délégation de parlementaires pour les tenir informés. En visite officielle en Asie, Bernard Kouchner n’était pas à l’Assemblée mais il a été pointé du doigt par l’ancien président de Médecins sans frontières, Rony Brauman. Sur RTL mardi, il a affirmé que le cofondateur de MSF portait une «responsabilité morale» dans l’action controversée de l’association Arche de Zoé au Tchad. Les membres de l’ONG «croyaient sincèrement» qu’ils sauvaient des enfants menacés par un génocide au Darfour, «idée installée par Bernard Kouchner et Bernard-Henri Lévy», a dit Brauman.

«Fortes de leur statut moral», un certain nombre de personnalités ont aidé à convaincre beaucoup de monde que ce qui attendait «immanquablement» les habitants du Darfour «c’était la mort», a-t-il ajouté. Pour lui, «il suffit d’aller sur le site de L’Arche de Zoé pour voir qu’ils parlent de plus de 800.000 enfants qui vont mourir d’ici la fin de l’année, des chiffres accablants, écrasants, qui suscitent, forcément, chez les uns et les autres, des vocations des sauveteurs».

Mais Rony Brauman a jugé la réaction des autorités françaises «disproportionnée», qui accablent les membres de L’Arche de Zoé en insistant sur le caractère «illégal» de leur opération. «Ces gens sont fautifs» mais «ils n’ont fait que tenter de sauver des enfants qui leur semblaient être en danger de mort».