Sauver Le Darfour dans le monde

Les négociations sur le Darfour suspendues pour donner davantage de temps aux rebelles

Ap, 26 Octobre 2007

Les négociations de paix sur le Darfour à Syrte, en Libye, ont été suspendues de fait dimanche, afin de donner le temps aux représentants des rebelles de se préparer à des négociations directes avec le gouvernement soudanais. L'absence des principales factions rebelles avaient déjà douché les espoirs d'arriver à un accord rapide.

Les médiateurs de l'Union africaine et des Nations unies se sont refusés à parler de report de la conférence, déclarant que les parties se trouvaient au début d'un processus en plusieurs phases. Une phase initiale de "consultations" devrait ainsi s'ouvrir dès lundi, avant de laisser place à de véritables "négociations" dans quelques semaines.

"Le processus menant aux négociations a commencé", a déclaré l'envoyé de l'UA Salim Ahmed Salim, précisant que la date d'ouverture de ces pourparlers formels n'avait pas encore été arrêtée.

"C'est seulement après cette période (...) d'environ trois semaines que nous pourrons nous lancer dans des négociations importantes", a pour sa part déclaré à l'Associated Press le médiateur onusien Jan Eliasson. "Je refuse de déclarer que le processus de paix est interrompu. Le train est parti sur la voie de la paix (...). La question est de savoir combien de passagers embarqueront".

Le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) et les groupes de l'Armée de libération du Soudan-Unité (ALS-Unité) ont décidé de boycotter l'ouverture des pourparlers organisés sous l'égide du leader libyen Moammar Kadhafi, compromettant les perspectives de progrès.

L'envoyé spécial de la Chine, Liu Guijin, avait dit à l'AP plus tôt dimanche que la conférence serait suspendue dans les prochains jours pour créer les conditions de pourparlers plus efficaces ultérieurement. "L'ajournement n'est pas un signe d'échec. Il prépare d'autres étapes".

Jan Eliasson a précisé que d'autres chefs rebelles étaient attendus à Syrte pour préparer les négociations. D'autres mouvements veulent tenir leurs réunions préparatoires au Darfour. "Je ne pense pas qu'il faille dramatiser" le lieu où se tiennent ces discussions, a-t-il noté, ajoutant que l'UA et l'ONU "préféraient qu'elles se tiennent" en Libye.

Le porte-parole de la médiation onusienne, Ahmed Fawzi, a déclaré que la première phase de "consultations" avait débuté et s'achèverait à la fin de la semaine prochaine.

La deuxième phase tiendra compte des "préparatifs supplémentaires" et de la nécessité de parvenir à un "consensus interne" au sein des factions rebelles. C'est seulement au cours de la troisième phase que le gouvernement et les rebelles soudanais tiendront "des négociations sur des questions importantes", a noté Ahmed Fawzi. Il n'a pas précisé combien de temps pourraient prendre ces deux phases.

Le négociateur du gouvernement soudanais Nafie Ali Nafie a accepté d'ajourner les discussions, mais uniquement pour accorder davantage de temps à "ceux qui sont venus ici" pour parvenir à un accord. "Reporter les négociations pour ceux qui ne sont pas venus donne un mauvais signal (...) C'est inacceptable", a-t-il à la presse.

Les dirigeants des deux principaux mouvements rebelles affirment boycotter les pourparlers pour protester contre la présence de factions mineures "créées par le gouvernement soudanais".

Alors que s'ouvrait la première séance de travail dimanche, un représentant des rebelles a lu un message des groupes présents. "Nous avons besoin de temps supplémentaire (...) pour préparer les négociations", a déclaré Tajadine Bechir Niam, membre d'une faction dissidente du Mouvement pour la justice et l'égalité.

Il a appelé le MJE et l'ALS à mettre fin à leur boycott pour parvenir à un accord de paix durable. Dans le cas contraire, il a prévenu qu'un texte subirait le même sort que celui signé sans résultat à Abuja en 2006. Un autre rebelle, Ahmed Diraige, a jugé qu'il "serait normal et logique de reporter jusqu'à ce que tout le monde soit là".

Le gouvernement soudanais s'est engagé dès le début des pourparlers à un cessez-le-feu immédiat. Niam a souligné que les rebelles présents étaient "prêts" à examiner l'hypothèse d'une trêve en consultation avec les autres mouvements absents. Mais Ahmed Diraige a rappelé que Khartoum avait déjà violé de nombreux cessez-le-feu par le passé. Il a demandé à l'Union africaine et aux Nations unies de s'assurer qu'il respectera bien sa parole cette fois-ci.