Sauver Le Darfour dans le monde

Il est encore temps d'agir pour sauver les Darfouris

La Tribune D'algérie, 25 Septembre 2007

Incontestablement touché par la situation humanitaire et la politique délétère dans cette province de l'ouest du Soudan, l'association «Sauver Le Darfour», communément appelée SLD, se démène depuis maintenant plusieurs années pour sensibiliser une communauté internationale somnolente. Son cheval de bataille : aider et lutter contre l'indifférence. Cette indifférence qui a fait du Rwanda en 1994 le théâtre d'un massacre innommable. Dans cet entretien exclusif, le président de SLD, Mahor Chiche, revient avec détails sur le rôle de l'association qu'il dirige, mais surtout sur l'espoir que la paix s'installera un jour définitivement.

LA TRIBUNE : Dans quel contexte exact a été créée SLD ? Et ne répond-elle pas à des intérêts précisément étrangers ?

Mahor Chiche : Sauver le Darfour (SLD) est une association européenne née d'un double constat : le Darfour était méconnu en Europe et seule une mobilisation populaire permettrait de sortir ce drame du silence médiatique.
Des personnalités étaient mobilisées pour le Darfour, mais il manquait une structure associative capable d'être présente sur l'ensemble du territoire pour mener des actions d'interpellation et de pédagogie.
Aujourd'hui, Sauver le Darfour existe en Allemagne, en Belgique, au Canada, en France, en Italie, au Portugal, et en Suisse.
68 comités locaux ont été créés.
Sauver Le Darfour est souvent associée à Save Darfur des Etats-Unis en raison du nom porté par l'association. Si nous travaillons parfois ensemble, les deux structures sont distinctes et indépendantes. Notre seul intérêt est la défense des populations civiles du Darfour.

Vous avez à maintes fois soutenu le principe d'une conférence internationale sur le Darfour, n'estimez-vous pas que le fait de ne pas convier ou consulter l'Union africaine est une manière de mettre le problème Darfouri dans le giron exclusivement occidental ?

Le Darfour est aujourd'hui une question internationale qui ne peut pas être seulement réglée par l'UA ou par les Occidentaux, il faut un front uni de la communauté internationale.
Depuis l'accord de paix Nord-Sud, l'Union africaine réussit une tâche immense de sécurisation au Sud-soudan (AMIS), elle a également été la première force internationale déployée au Darfour (7 000 hommes), mais ne dispose pas d'un mandat clair pour pouvoir véritablement agir. Elle est donc concernée au premier chef par les discussions sur le Darfour. D'ailleurs, le déploiement d'une force mixte UA-ONU est prévu pour janvier 2008. La conférence de Paris a eu le mérite de réunir un grand nombre d'Etats (Etats-Unis, Chine…) et d'associer des organisations comme la Ligue des Etats arabes. L'UA a évidemment été invitée mais elle a refusé de participer à cette initiative car elle n'avait pas été préalablement informée.
Beaucoup au Soudan contestent le chiffre de 200 000 morts, et se demandent à cette occasion pourquoi ce bilan n'a bizarrement plus augmenté depuis longtemps...
Les chiffres ne seront connus malheureusement que dans dix ans, mais il suffit de voir le nombre de dépêches faisant état d'attaques de Janjawids pour comprendre que l'ampleur des crimes est importante. Si le gouvernement soudanais parle de 9 000 morts, l'ONU affiche le nombre de 200 000 (mais ce chiffre date de 2001) et certaines ONG et chercheurs (comme Gérard Prunier) parlent de 300 000, voire 400 000.
Une chose est sûre, la catastrophe humanitaire et les crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis sont suffisamment nombreux pour que la communauté internationale s'y intéresse. Il est encore temps d'agir pour sauver les Darfouris.

Quelles sont, d'après vous, les solutions à la crise humanitaire et politique que traverse depuis quatre ans le Darfour ?

Depuis quelques mois, la crise humanitaire est contenue, mais la question de la sortie de crise est, quant à elle, politique. Il faut que les résolutions de l'ONU soient appliquées, en particulier le déploiement de la force hybride et la zone d'exclusion aérienne au-dessus du Darfour. Il faut que les 19 groupes rebelles se mettent d'accord sur une plate-forme revendicative afin de pouvoir entamer des pourparlers sérieux avec le gouvernement soudanais. Il faut de fortes pressions sur Khartoum pour qu'il accepte de partager le pouvoir et les richesses, seuls moyens d'obtenir une paix durable.
La paix est-elle possible ?

Une paix a été signée en 2005, mais ces accords sont restés inappliqués. La paix est possible, mais il faut que ceux-ci prévoient un meilleur partage du pouvoir et des richesses, et qu'ils soient sous la supervision d'un groupe de contact particulièrement exigeant quant à leurs mises en œuvre.
Ce nouvel accord de paix apparaît comme urgent, car le risque de la déstabilisation de toute la Corne de l'Afrique est présent.

A l'exception de l'Europe, SLD compte-t-elle organiser des manifestations dans des pays africains ou arabes ?

De nombreux signataires à l'appel de «Sauver Le Darfour» appartiennent à des Etats africains ou arabes, certains jeunes ont même organisé des initiatives à Dakar ou en Tunisie sur le Darfour. Aujourd'hui, nous allons crée un «Sauver Le Darfour» en République centrafricaine.
La sortie de crise passe par un plus grand investissement des Etats et de citoyens du continent africain, y compris évidemment l'Algérie. J'en profite pour proposer à vos lecteurs de créer un «Sauver Le Darfour» en Algérie afin de mobiliser le pays pour le Darfour.