Sauver Le Darfour dans le monde

Jimmy Carter se heurte aux services de sécurité soudanais

Presse Canadienne, 04 Octobre 2007

L'ancien président américain Jimmy Carter, l'un des "Anciens" en mission au Darfour, a eu une altercation mercredi avec des membres des services de sécurité soudanais qui ont bloqué ses déplacements à Kabkabiya, l'empêchant d'aller à la rencontre de représentants de réfugiés du conflit.

Avec l'archevêque sud-africain Desmond Tutu, un autre prix Nobel de la paix, Jimmy Carter est à la tête de la mission des "Anciens", une délégation de personnalités qui achève une visite symbolique de trois jours pour la paix au Darfour. "Les Anciens" tentent d'user de leur influence à un moment crucial alors que des pourparlers de paix sont prévus en Libye et que le déploiement de la force hybride Nations unies-Union Africaine doit commencer ce mois-ci.

Mercredi, la mission des Nations unies dans cette région de l'ouest du Soudan avait jugé trop dangereux que Jimmy Carter, âgé de 83 ans, visite un camp de réfugiés. Au lieu de cela, une rencontre avait été organisée avec des représentants des réfugiés dans un complexe du Programme alimentaire mondial (PAM). Mais les réfugiés avaient peur de s'y rendre et Jimmy Carter a décidé de s'aventurer dans Kabkabiya pour aller à leur rencontre.

Il a pu voir un représentant tribal dans une école, mais les services de sécurité l'ont empêché ensuite d'aller plus loin. "Ce n'est pas au programme", a hurlé un responsable local. "On y va quand même", a rétorqué un Jimmy Carter furieux. "Vous n'avez pas le pouvoir de m'arrêter".

Des responsables onusiens sont intervenus pour apaiser la situation alors qu'un attroupement se formait. L'homme d'affaires Richard Branson et Graca Machel, l'épouse de l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, ont tenté de calmer l'ancien président que le service de sécurité américain pressait de remonter dans sa voiture et partir. "Je raconterai au président (Omar el) Béchir ce qui s'est passé", a-t-il prévenu. Un compromis a ensuite été trouvé pour organiser la rencontre ailleurs plus tard dans la journée, mais la délégation de réfugiés ne s'est jamais montrée.

La plupart des représentants des populations noires du Darfour redoutent visiblement de s'exprimer à Kabkabiya, un fief de longue date des janjaweed, milices arabes pro-gouvernementales.

Richard Branson a confié que certains réfugiés avaient glissé des petits mots dans ses poches. "Nous souffrons encore de la guerre alors que nos filles sont violées quotidiennement", disait l'un des messages, traduit de l'arabe, que l'homme d'affaires a montré à l'Associated Press. Le message ajouté que le 26 septembre, un groupe de jeunes filles avaient été violées et qu'un réfugiés avait été abattu il y a deux jours. Richard Branson a expliqué que la note lui avait été remise par un réfugié africain.

De son côté, Desmond Tutu est allé avec un autre groupe dans le camp de réfugiés d'Otash.

Le conflit au Darfour a fait 200.000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés depuis 2003. Il a éclaté quand des groupes rebelles ont pris les armes contre le gouvernement de Khartoum. Ce dernier est accusé d'avoir organisé la répression menée par les milices nomades des janjaweeds contre les populations sédentaires noires.