Sauver Le Darfour dans le monde

Escalade au Darfour avant des négociations

Le Figaro, 02 Octobre 2007

Une attaque a fait dix morts dans les rangs de la force d'interposition de l'Union africaine, dans la province soudanaise en proie à la guerre civile.

QUI VEUT saboter la paix au Darfour ? Le gouvernement soudanais et les factions rebelles se renvoyaient hier la responsabilité de l'attaque qui a tué dix soldats nigérians de la force d'intervention de l'Union africaine, samedi soir dans le sud de la province.

Pour le gouvernement soudanais, l'assaut sur le camp d'Haskanita, qui a été pillé, est le fait de rebelles qui cherchent à saboter les négociations de paix prévues le 27 octobre en Libye, sous l'égide de l'Union africaine et des Nations unies. Mais une autre échéance attend la province soudanaise, en proie à une guerre de plus en plus complexe depuis son début en mars 2003. Le 31 décembre au plus tard, une force « hybride » Union africaine-ONU de 26 000 hommes doit se déployer pour prendre la suite des 7 000 soldats africains présents au Darfour, inefficaces, sous-équipés et démoralisés.

Le massacre de samedi était-il destiné à servir d'avertissement à cette future force d'interposition ? Dans ce cas, les responsables peuvent se trouver des deux côtés de la barrière, estime une partie de la presse soudanaise. Le quotidien indépendant al-Ayam estime que les deux explications peuvent se mélanger. « Personne ne sait au juste qui a commis le massacre, mais personne ne peut douter du but recherché : faire peur à la force hybride et saboter le processus de paix. »

La mission de paix africaine au Soudan, l'Amis, a évité de désigner dans l'immédiat des auteurs, en dépit du choc provoqué par l'attaque, qui a fait également 8 blessés et 40 disparus. En tout cas, ceux qui ont mené l'attaque disposaient de gros moyens : une trentaine de véhicules et des armes sophistiquées. Il n'en faut pas plus à certains groupes rebelles pour désigner les forces gouvernementales ou leurs supplétifs, les miliciens janjawid.

D'autres sources accusent une faction dissidente du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), qui aurait cherché à voler des armes et des véhicules et qui, par ailleurs, n'a pas été invitée aux pourparlers de Tripoli. Mais des éléments d'un autre groupe rebelle, l'Armée de libération du Soudan (ALS) pourraient aussi avoir été impliqués.

Quoi qu'il en soit, la variété des hypothèses souligne la réalité de la guerre du Darfour, que l'on ne peut plus présenter comme un affrontement entre « Africains » et « Arabes ». Les groupes armés se sont multipliés et se battent entre eux. Le MJE a éclaté en deux factions, l'ALS en au moins six sous-groupes. Des deux côtés, certains sont favorables aux négociations, d'autres non. De nombreuses autres bandes anonymes s'allient avec les précédentes au gré des combats. Le pillage et les partages de territoires sont au centre des affrontements.

Appel au déploiement rapide des forces de l'UA et de l'ONU

De l'autre côté, les tribus arabes, qui fournissent une partie des milices gouvernementales, les janjawids (parmi lesquels on trouve aussi des représentants de tribus non arabes) se font, elles aussi, la guerre. Les Torjam et les Rizeigat Abbala se sont entre-tués ces derniers mois, à cause de conflits de parcours et de vol de bétail.

Cette situation chaotique a suscité hier des appels au déploiement rapide de la force hybride. La Maison-Blanche a souhaité l'intervention du contingent UA-ONU « aussi vite que possible ». Le Sénégal « prie instamment la communauté internationale de tout mettre en oeuvre pour le déploiement rapide de la force hybride », et laisse même entendre qu'il pourrait retirer ses soldats au nombre d'environ 550. Dakar « se réserve le droit de prendre toutes ses responsabilités si les conditions de sécurité de son contingent et de celles des autres troupes africaines en général ne sont pas garanties », a affirmé le ministère des Affaires étrangères. L'Union européenne a, pour sa part, « fermement condamné » le massacre du camps africain.