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Le difficile dialogue des rebelles du Darfour

L'humanité, 06 Août 2007

C’est une première étape semée d’embûches. Depuis vendredi, les représentants de plus de dix groupes armés du Darfour sont réunis à Arusha, en Tanzanie, sous l’égide de l’ONU et de l’Union africaine (UA).
« Notre objectif est de trouver une position commune », a expliqué Salim Ahmed Salim, envoyé spécial de l’UA pour le Soudan. Avec son homologue de l’ONU, Jan Eliasson, il espère pouvoir lancer comme prévu d’ici deux mois des pourparlers directs entre Khartoum et les rebelles du Darfour, dont les revendications auront été préalablement unifiées.

Ces réunions s’inscrivent dans le cadre des efforts entrepris depuis avril par l’ONU et l’UA pour remettre sur les rails un processus politique au point mort depuis la signature en mai 2006 au Nigeria d’un accord de paix entre Khartoum et un seul des trois groupes rebelles alors présents. Depuis lors, les querelles de chef ont fait éclater la rébellion, aggravant la situation sécuritaire sur le terrain. En adoptant la semaine dernière la résolution pour l’envoi d’une force de paix au Darfour, le Conseil de sécurité a d’ailleurs rappelé l’urgence d’une solution politique au conflit qui a fait plus de 200 000 morts et 2 millions de déplacés.

Le calendrier des deux envoyés spéciaux semble néanmoins optimiste. Prévus pour s’achever hier, les pourparlers directs entre factions semblaient, à l’heure où ces lignes étaient écrites, devoir se prolonger aujourd’hui. Les chances d’aboutir à un consensus étaient rendues compliquées par l’absence à Arusha de deux acteurs majeurs du conflit : Souleiman Jamous et Abdelwahid Nour. Une partie des membres de l’Armée de libération du Soudan (ALS) a exigé, avant de s’engager, la libération de Jamous, leur coordinateur humanitaire, bloqué depuis treize mois dans un hôpital de l’ONU au Darfour. Malgré les promesses de clémence de Khartoum, l’homme, à qui les observateurs prêtent un talent de conciliateur, n’était toujours pas hier à Arusha.

L’autre grand absent, Abdelwhadid Nour, cofondateur d’un des deux groupes armés apparus en 2003, refuse de participer à toute discussion et conteste la légitimité des factions d’une rébellion que Khartoum cherche à diviser. Son absence a mis en colère Khartoum, qui accuse la France, où il réside, d’avoir trahi ses promesses en se montrant incapable de l’amener à Arusha. Compte tenu du poids politique de Nour, elle menace tout accord à venir. Militairement faible, Abdelwahid est un Four, la principale ethnie du Darfour, et jouit d’une forte popularité dans les camps de déplacés.

Au-delà de ces absences, la signature la semaine dernière en Libye d’un accord entre trois factions, qui survient après la constitution d’une autre coalition le 23 juillet sous l’égide de l’Érythrée, laisse supposer que les puissances régionales n’ont pas fini de perturber le dialogue en jouant leurs cartes par rebelles interposés.