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« Il faut aller aux discussions ! »

Le Soleil, 17 Août 2007

LE PRESIDENT WADE AUX REBELLES SOUDANAIS... : « Il faut aller aux discussions ! »


En partance pour le Congo, après quelques jours de vacances en Suisse, le président Abdoulaye Wade s’est arrêté hier en France pour recevoir, à Paris, Abdel Wahid Al Nur, chef de la faction rebelle du Mouvement pour la libération du Soudan (Slm). Cette audience intervient suite à la demande du président El Béchir, lequel a sollicité l’intervention du président Abdoulaye Wade pour inviter Abdel Wahid Al Nur et ses partisans à la table de négociation.

Paris (France) - Au sortir d’un long entretien avec le président Abdoulaye Wade, Abdel Wahid Al Nur s’est dis très satisfait de l’occasion qui leur a été donné de rencontrer « notre père », le chef de l’Etat du Sénégal. Abdel Wahid Al Nur a réaffirmé toute la confiance qu’il place en la personne du président Abdoulaye Wade et s’est dis très attentif à ses conseils de sage. Ainsi, il lui a fait part de ses bonnes dispositions à participer aux discussions en faveur de la paix comme le lui a demandé le président Wade, à la seule condition d’un arrêt immédiat des massacres de son peuple au Darfour. Abdel Wahid Al Nur souhaite également « le désarmement des milices Janjawids, le retour des populations réfugiés ainsi que la rétrocessions de leurs terres ». A Paris, le chef de la faction rebelle du Mouvement pour la libération du Soudan (Slm) s’est dis favorable à l’idée de discuter avec les autorités soudanaises en faveur de la paix au Soudan. Abdel Wahid Al Nur a promis de réunir rapidement les représentants de son mouvement et de se rendre ensuite au Sénégal pour apporter au président Abdoulaye Wade leur invitation à la table de négociation.

Pour sa part, le président Abdoulaye Wade a tenue à préciser d’emblée à son hôte qu’il est « un ami du président El Béchir ». Panafricaniste et démocrate jusqu’au bout des ongles, il lui a aussi réaffirmé son vœu d’une Afrique unie dans la paix et que s’arrêtent les souffrances des peuples. Ainsi : « Je ne peux pas rester insensible aux souffrances d’un peuple africain quel qu’il soit. J’ai dis a Abdel Wahid Al Nur qu’il faut aller aux discussions. Pour être parti du processus de paix, il faut être présent ». Surtout, le président Abdoulaye Wade précise : « qu’il comprenne bien le sens de ma démarche, qu’il ne s’agit en aucun cas de l’aider ni d’aider aucun autre mouvement similaire. Ma démarche consiste surtout à aider les Soudanais à se retrouver entre eux, à discuter et à trouver des solutions. Je l’ai donc conseillé d’apporter ces revendications là à la table des négociations. L’essentiel, c’est d’abord la confiance qu’il a placée en moi, ce qui, par ailleurs, me rappelle les propos de Rawal Homan de Madagascar quand j’ai mené les négociations à Dakar et de Guillaume Sorro de la Côte d’Ivoire qui, dès le début de l’insurrection, est venu me voir au Sénégal avec ses camarades pour prendre des conseils en me disant la confiance qu’ils ont placée en moi parce que je suis leur « père » et que je ne les « trahirai » jamais. Ce que j’ai fais là, aujourd’hui, c’est dans la tradition de choses que j’ai déjà faites ».

Le président Abdoulaye Wade a dis avoir accepté Abdoul Wahid Al Nur sur la demande du président du Soudan et de l’intéressé lui-même qui en a fait la demande auprès de l’ambassadeur du Sénégal en France et en envoyant plusieurs lettres à Dakar. Au vu de l’avancement actuel des choses, le président Abdoulaye Wade s’est dit optimiste quant à la suite du processus de paix au Darfour. En effet, pour la première fois, le Soudan est d’accord sur un texte de résolution du conseil de sécurité des Nations Unies. « Je viens de parler aujourd’hui encore, comme tous les jours, au président Béchir qui est très heureux de cette résolution qu’il va appliquer en toute bonne foi ». Selon le président Abdoulaye Wade, les choses sont en train de se mouvoir dans la bonne direction pour une fois. « Le président El Béchir a donné son accord sur la résolution des Nations Unies, mais, je dois dire, d’ailleurs, que de là ou j’étais, j’ai joué un rôle majeur dans le texte définitif du conseil de sécurité ». En fait, les Africains et les Américains étaient pour le démarrage des opérations le 1er octobre, tandis que la France disait simplement « as soon as possible » (prochainement). « Là, j’ai réussi à faire entendre qu’il valait mieux adopter la position africaine et cela a été fait ».

Sur la demande du président El Béchir, le Sénégal va multiplier par trois sa participation aux forces de maintien de la paix au Darfour. De 500 hommes aujourd’hui, les soldats sénégalais seront au nombre de 1600 sur le territoire soudanais. Les services de notre armée sont, en effet, très appréciés, notamment en Côte d’Ivoire, au Libéria, entre autres. Le président El Béchir l’a fait savoir au président Abdoulaye Wade : « Je crois aux soldats sénégalais, en leur professionnalisme et en leur valeur. Tout le monde sait qu’ils respectent, les femmes, les enfants, les biens, etc. », a-t-il affirmé. Les troupes vont être déployées au Darfour entre le 1er octobre et le 31 décembre. « Le président de la commission de l’Union africaine affirme que le continent va pouvoir fournir les 20.000 soldats, et c’est très bien s’il en est ainsi ».