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Le Tchad favorable à un déploiement européen dans l'est du pays, selon Déby

Tribune , 19 Juillet 2007

Le Tchad favorable à un déploiement européen dans l'est du pays, selon Déby
Le président tchadien Idriss Déby s'est montré favorable jeudi au déploiement d'une force européenne dans l'est du Tchad pour sécuriser les camps de réfugiés accueillant des habitants du Darfour, venus du Soudan voisin.

"C'est une idée qui est en discussion. Nous n'avons pas encore terminé, mais le Tchad pense important, d'une manière ou d'une autre, la présence de la communauté internationale pour sécuriser les réfugiés, pour sécuriser les déplacés et pour permettre d'éviter les incursions de la milice janjawid à l'intérieur du territoire national", a-t-il expliqué à l'issue d'un entretien à l'Elysée avec le président français Nicolas Sarkozy. "Pourquoi accepter? Parce que le Tchad trouve nécessaire d'accepter", a-t-il lancé.

L'Union européenne devrait commencer dès la semaine prochaine à préparer une mission de maintien de la paix dans l'est du Tchad censée venir en aide à des dizaines de milliers de réfugiés venus du Darfour voisin, ont affirmé des diplomates européens mercredi.

Des estimations provisoires font état de 1.500 à 3.000 hommes, qui seraient envoyés début 2008 pour 12 mois maximum avec pour mission d'encadrer les camps de réfugiés dans l'est du Tchad, où les combats du Darfour débordent fréquemment. L'idée viendrait du chef de la diplomatie française Bernard Kouchner et a été discutée la semaine dernière par le président Nicolas Sarkozy et le représentant de la politique étrangère de l'UE, Javier Solana. Elle a fait des adeptes récemment au fur et à mesure que les inquiétudes pour la sécurité des réfugiés darfouriens ont augmenté.

Les 27 ministres des Affaires étrangères de l'UE devraient donner leur feu vert lundi prochain au début du processus de mise en place de la mission qui pourrait être lancée début 2008. Elle devrait, après six ou 12 mois, être remise aux mains des Nations unies.

"On en est au stade des réflexions, mais il y aurait deux volets: une composante civile de police d'une part pour assurer la police des camps de réfugiés et faciliter l'action des organisations humanitaires, et une composante militaire d'autre part pour assurer la sécurité dans l'ensemble de la zone et en particulier autour des camps de réfugiés", a expliqué jeudi le porte-parole de l'Elysée David Martinon.

Le conflit au Darfour entre les rebelles et les milices janjawid soutenues par Khartoum a fait plus de 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis 2003. Depuis juin, la France, qui a environ 1.000 soldats stationnés au Tchad, a mis en place un pont aérien pour acheminer de l'aide vers les réfugiés des camps de la région frontalière avec le Darfour. "Jusqu'ici, les forces françaises ont assuré 72 rotations aériennes de gros porteurs qui ont amené plus de 360 tonnes de vivres au profit du programme alimentaire mondial", selon David Martinon.

Interrogé sur l'avancement des négociations avec les rebelles tchadiens, M. Déby a estimé qu'elles "n'ont pas du tout avancé pour la simple raison que derrière ce mouvement rebelle, il y a l'ombre des Soudanais, qui empêchent des compromis pour résoudre évidemment cette question".

"Le Tchad a tenu ses engagements. Malheureusement du côté de nos amis soudanais, ils n'ont pas encore tenu les engagements, et nous attendons et nous souhaiterions qu'ils tiennent leurs engagements", a-t-il ajouté. "Nous demandons aussi à la communauté internationale d'intervenir pour que le Soudan tienne ses engagements." En particulier, la Chine "doit apporter sa contribution pour aider à trouver une solution à la crise du Darfour", a-t-il souhaité alors qu'il était interrogé sur l'attitude de Pékin, allié de Khartoum.