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JAMOUS, le rebelle oublié du Darfour

Wall Street Journal, 10 Juillet 2007


Suleiman JAMOUS vit un cauchemar au fond de sa chambre d’hôpital à l’est du Darfour où il est incarcéré depuis un an ; il n’a droit à aucun contact avec l’extérieur : un garde armé est posté à sa porte et les services de renseignements du Gouvernement soudanais sont connus pour leur usage, sans scrupules, de la torture.

Son crime est d’avoir voulu contribuer à sauver des dizaines de milliers de vies humaines parmi les déplacés, d’avoir tenté d’unifier les groupes rebelles et lutté courageusement contre la violation des droits de l’Homme.

Compte tenu des circonstances actuelles, il est considéré comme le Nelson MANDELA du Soudan et apparaît désormais comme l’un des rares héros à émerger de ce conflit qui ravage le Darfour depuis quatre ans. Monsieur JAMOUS, coordinateur du plus important des groupes rebelles, a été d’une grande utilité aux travailleurs humanitaires en leur procurant un accès sécurisé aux zones situées au-delà des lignes des rebelles. Il est reconnu comme le leader clé de l’opposition rebelle à la campagne de nettoyage ethnique engagée par Khartoum. Diplomate d’un certain âge qui n’a jamais pris les armes, Monsieur JAMOUS suscite le respect unanime des leaders des factions rebelles qui contrôlent la majeure partie du Darfour rural.

Pour cette raison, le Gouvernement soudanais a tenté d’assassiner Monsieur JAMOUS ; il l’a arrêté et emprisonné plusieurs fois, jusqu’à sa longue détention actuelle. Bien qu’elle ait actuellement lieu dans un hôpital des Nations-Unies, ces dernières sont impuissantes à le libérer : lorsqu’elles ont tenté de le déplacer, le régime de Khartoum a suspendu les opérations humanitaires au Soudan.

L’absence de Monsieur JAMOUS sur le front humanitaire est durement ressentie : au cours des onze mois qui ont suivi sa neutralisation, l’accès des humanitaires aux populations s’est considérablement réduit et plus d’un million de Darfouris sont désormais hors de portée des travailleurs humanitaires. Le responsable d’une importante organisation qui souhaite rester anonyme décrit Monsieur JAMOUS comme un personnage clé de l’action humanitaire, qui a également négocié la libération de nombreux enfants soldats.

Les efforts qu’il a déployés pour sceller l’unité entre les mouvements rebelles ont eux aussi été minés. De nombreux chefs pensent que de tels efforts, sans l’impulsion de Monsieur JAMOUS, sont voués à l’échec. Si les rebelles divisés du Darfour en viennent à s’entredéchirer, les humanitaires en difficultés et les civils sans défense seront pris dans les tirs croisés des belligérants.

Malgré son rôle crucial aux plans humanitaire et du maintien de la paix, et malgré l’engagement des autorités soudanaises à relâcher tous les prisonniers de guerre selon l’accord de paix du Darfour de 2005, Monsieur JAMOUS reste captif. Les Nations-Unies, les Etats-Unis et l’Union Africaine semblent l’avoir abandonné ; même les organisations humanitaires dont il a facilité le travail sont devenues muettes à son sujet dans la crainte, fondée, d’une vengeance des autorités soudanaises si l’on plaidait pour sa libération.

Pourtant, depuis plusieurs mois, Monsieur JAMOUS souffre de douleurs intestinales graves. Les médecins qui l’ont examiné en décembre 2006 affirment qu’il a besoin d’une biopsie qui ne peut être pratiquée sur son lieu de détention. Les autorités de Khartoum sont à la fois conscientes du caractère urgent de l’intervention et du fait que la libération de Monsieur JAMOUS entraînerait une amélioration des conditions de vie des civils Darfouris ; pourtant, elles refusent de fléchir.

S’ils veulent prouver leur engagement pour la paix au Darfour, les États les plus puissants du monde et les Nations-Unies elles-mêmes doivent faire pression sur Khartoum au sujet de Suleiman JAMOUS ; les Etats-Unis devraient charger Andrew NATSIOS, leur émissaire au Soudan, de négocier la libération de Monsieur JAMOUS ; et l’opinion publique internationale devrait élever la voix contre cette incarcération injuste.

Au nom de ses compatriotes sud-africains détenus, Nelson MANDELA disait un jour : « Nous entendions très clairement vos voix réclamer notre libération malgré l’épaisseur des murs de nos prisons. Nous puisions en elles notre encourage. Nous vous remercions d’avoir refusé de nous plonger dans l’oubli. ».

Aujourd’hui, Suleiman JAMOUS a un grand besoin de ces voix de soutien.

Ne permettons pas qu’il soit oublié !