Sauver Le Darfour dans le monde

"Un beau plateau mais peu de résultats"

Nouvelobs.com , 26 Juin 2007

LE DARFOUR

LE PLATEAU était beau pour cette conférence sur le Darfour, première initiative spectaculaire de Bernard Kouchner. Condoleezza Rice, le secrétaire général de l’ONU et surtout la Chine, principal allié de Khartoum, dont on espère la médiation pour faire accepter l’intervention d’une force hybride Afrique-ONU. Seule absente, mais de taille, l’Afrique à qui l’on demande la participation de ses militaires à cette force "hybride" d'environ 20.000 hommes décidée, il y a plus de dix mois par le Conseil de sécurité. Un mauvais début alors que selon Nicolas Sarkozy "rien ne peut se faire au Darfour sans les Africains". Mais au bout du compte, peu de résultats, sinon une "petite lueur au fond des ténèbres", selon le mot de Bernard Kouchner. Ce n’est vraiment pas beaucoup, une petite lueur au fond des ténèbres. Estimant que la seule issue au conflit au Darfour "est politique", Nicolas Sarkozy a lancé un avertissement aux autorités de Khartoum, qui, elles, ne sont pas venues à Paris, bien qu’elles aient été invitées. "Le Soudan doit savoir que s'il coopère, nous l'aiderons puissamment, et s'il refuse de coopérer, il faudra être ferme".

Mais visiblement personne, dans ce distingué aréopage n’avait la moindre idée sur la manière de s’y prendre. Car si on va aux sources lointaines du conflit, elle recoupe nos inquiétudes sur le réchauffement climatique, particulièrement grave dans cette Afrique subsaharienne. Ce n'est en effet pas par accident que la violence s'est déclenchée au Darfour. Jusque-là, les bergers nomades arabes avaient vécu en bons termes avec les cultivateurs sédentaires.

Les cultivateurs noirs accueillaient les bergers qui sillonnaient le pays, faisant paître leurs chameaux et partageant les mêmes puits. Mais quand les pluies ont cessé de tomber, les cultivateurs ont érigé des barrières autour de leurs terres de crainte qu'elles ne soient saccagées lors du passage des troupeaux. Pour la première fois de mémoire d'homme, il n'y eut plus assez de vivres et d'eau pour tous. Les combats ont commencé.

Un enjeu qui dépasse de loin le Darfour. La violence en Somalie trouve son origine dans un mélange explosif semblable d'insécurité alimentaire et de craintes relatives à l'eau. Il en va de même en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso. De ce point de vue, le Darfour peut apparaître comme une anticipation d’autres conflits à venir.