Sauver Le Darfour dans le monde

De conférences en sommets, la crise est toujours là

Business Day , 25 Juin 2007


Alors que s'ouvre aujourd'hui à Paris une conférence sur la crise au Darfour, le quotidien sud-africain Business Day revient sur une réunion similaire qui s'est tenue à Khartoum le mois dernier entre les responsables des services de renseignement africains, européens et américains.

Bien que préoccupée par la tragédie du Darfour, l'administration américaine a toujours besoin du soutien de Khartoum dans sa lutte contre Al-Qaida. D'où l'imposante présence de la CIA à un sommet – quelque peu surréaliste – sur le renseignement dans la capitale soudanaise, au début du mois dernier. Khartoum abritait alors la quatrième conférence du Comité du renseignement et des services de sécurité de l'Afrique (CISSA), qui travaille sous l'égide de l'Union africaine (UA).

Pendant cette conférence, les responsables de la CIA et des services secrets britanniques se sont montrés discrets : pour Washington, le Soudan fait toujours partie des Etats qui financent le terrorisme. Les récents attentats terroristes en Algérie, au Maroc et dans le nord du Niger, ainsi que la résurgence islamique en Somalie à la suite de l'invasion éthiopienne, ont renforcé l'urgence du sommet.

L'année dernière, le Pentagone a investi 50 millions de dollars (37 millions d'euros) dans son nouveau centre de commandement régional, baptisé Africa Command [AFRICOM]. Cette structure, ambitieuse du point de vue géographique puisqu'elle devrait couvrir presque toute l'Afrique, souffre d'un manque d'effectifs. Mais Washington n'a pas manqué de féliciter – discrètement – Khartoum pour son travail de surveillance d'Al-Qaida.

Quelques jours après la conférence, Omar El-Béchir, le président soudanais, a réaffirmé son engagement de laisser les Nations unies renforcer les troupes – peu efficaces – de l'UA, qui comptent actuellement 7 000 hommes. Mais les troupes de maintien de la paix ne peuvent préserver une paix qui n'existe pas. Même si la totalité des troupes américaines en Irak étaient transférées au Darfour, elles ne seraient pas en mesure de stabiliser cette région grande comme la France.

Certains sentimentaux sont peut-être sincèrement bouleversés par la situation au Darfour. Mais les hauts responsables savent que le Soudan est une pierre angulaire de la stabilité de la région. D'où le comportement paradoxal de Washington, qui se trouve amené, la même semaine, à envoyer une délégation de responsables du renseignement à Khartoum et à prendre des sanctions contre le régime.

Alors que se tenait la conférence sur le renseignement, l'archevêque Desmond Tutu appelait, en Afrique du Sud, à prendre de nouvelles sanctions contre le Soudan et à lancer des embargos comme ceux qui avaient été pris contre le régime de l'apartheid. "Les sanctions sont efficaces, surtout quand elles sont ciblées", a-t-il déclaré. A l'heure où le Soudan se reconstruit, après cinquante ans de guerre, et que le Darfour a du mal à offrir à ses habitants le minimum vital, est-il vraiment opportun d'imposer de nouvelles sanctions à un pays qui a désespérément besoin de développer son économie ?

Dans le même temps, la Cour pénale internationale a lancé les premiers mandats d'arrêt internationaux contre les responsables présumés de crimes de guerre au Darfour. Mais à quoi cela pourrait-il servir ? L'approche eurocentrique de la Cour pénale internationale a retardé le processus de paix en Ouganda, avec sa demande d'extradition des chefs de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), alors qu'elle aurait dû laisser le champ libre aux méthodes de réconciliation locales. La commission Vérité et réconciliation de l'Afrique du Sud n'est-elle pas un meilleur modèle ?

Toutefois, en dépit des sanctions, les affaires sont florissantes à Khartoum, grâce à la flambée du cours du pétrole et à un taux de croissance de 11 %, le plus élevé d'Afrique. La prise de distance des Etats-Unis et de l'Europe a permis à d'autres acteurs d'entrer sur le marché clé de l'énergie. La Chine achèterait près de 64 % de la production pétrolière du Soudan, devenu le troisième producteur africain. Le moyen de paiement le plus courant est l'échange : armes contre pétrole.

En outre, Khartoum s'est largement modernisée au cours des dix dernières années et reste probablement la ville africaine la plus sûre. L'austérité et la discipline islamiques expliquent un taux de criminalité très faible, notamment pour les agressions commises contre les étrangers. Les Soudanais sont réputés pour leur sens de l'hospitalité.