Sauver Le Darfour dans le monde

La France reprend la main diplomatique sur le Darfour

La Croix, 25 Juin 2007


En réunissant, lundi 25 juin, les principaux ténors de la diplomatie internationale, Paris montre sa volonté de faire avancer de manière décisive cet épineux dossier

«L’avenir s’est éclairci » pour le Darfour, a estimé, lundi 25 juin à Paris, le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner, à la fin d’une réunion des grandes puissances destinée à accélérer la mobilisation de la communauté internationale. À midi cependant, les représentants des diplomaties russe et allemande étaient absents sur la photo de famille au Centre de conférences internationales à Paris. Mais, quelques minutes plus tard, ils avaient rejoint la vingtaine de leurs homologues réunis de manière exceptionnelle tout l’après-midi pour essayer de faire avancer le dossier du Darfour.
Chine et Amérique, une double présence qui renforce la crédibilité de Paris

Lundi 25 juin donc, quasiment tous les pays ayant un poids diplomatique avaient répondu à l’invitation de la France, désireuse de marquer des points sur un sujet qui patine depuis plusieurs années. Et alors que le conflit dans cette région de l’ouest du Soudan continue de faire des victimes. Parmi les personnalités de marque, Condoleezza Rice, secrétaire d’État américaine, et le chef de la diplomatie chinoise. Une double présence qui signifiait beaucoup, à la fois pour Paris, qui voyait ainsi sa crédibilité diplomatique renforcée, et pour l’avancée du dossier. Ces deux pays, tous deux titulaires d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, se situent aux antipodes l’un de l’autre quant à leur position dans ce dossier.

Pékin, qui achète près de 60 % de la production du pétrole soudanais, n’a eu de cesse, depuis le début de la crise en 2003, de temporiser, notamment au Conseil de sécurité de l’ONU, pour éviter les pires sanctions au régime de Khartoum. Hier encore, en marge de la conférence, le numéro deux de la délégation chinoise insistait sur le fait que « menacer Khartoum serait contre-productif ». Il soulignait que, au contraire, « pour résoudre la question, la communauté internationale doit s’efforcer d’envoyer un signal positif et équilibré ».
Le conflit aurait fait 200 000 morts depuis 2003


De son côté, la responsable de la diplomatie américaine, arrivée la veille à Paris, dénonce depuis 2004 un « génocide » en cours au Darfour. Une manière de qualifier ce conflit qui est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté internationale et même humanitaire, dont le Darfour représente le principal terrain d’action (plus de 10 000 volontaires) en termes de moyens déployés, et le plus important depuis une décennie. Le conflit aurait fait 200 000 morts depuis 2003 et provoqué le déplacement de 2,5 millions de personnes.

Il a également de graves répercussions sur le Tchad voisin et la Centrafrique, qui accueillent plus de 200 000 réfugiés et voient leur situation politique troublée par les mouvements rebelles qui circulent de part et d’autre des frontières.

Pour la France, qui dispose de bases militaires à Ndjamena et Abéché, dans l’est du Tchad, ainsi qu’à Bangui, capitale de la Centrafrique, le risque d’une régionalisation du conflit n’était pas acceptable.

L’initiative diplomatique de Bernard Kouchner, dès sa nomination au Quai d’Orsay, n’était sans doute pas sans lien avec cette menace. Après une tournée de quatre jours début juin au Tchad et au Soudan, le ministre des affaires étrangères lançait l’idée de cette conférence à Paris.
Objectif : apporter un soutien aux initiatives de l’Union africaine et de l’ONU


Au lendemain de sa rencontre avec lui, le président soudanais Omar El Béchir avait d’ailleurs annoncé qu’il acceptait l’idée de remplacer l’actuelle force (7 000 hommes déployés par l’Union africaine), que la pauvreté de ses moyens n’a pas rendue très efficace, par une force hybride de 20 000 hommes associant ONU et Union africaine. « Il est évident que la France adopte un nouveau rôle que je trouve énergisant, sur le Darfour. Et nous avons vraiment besoin d’énergie », a souligné Condoleezza Rice dès sa venue à Paris. Cependant ni le Soudan, ni l’Afrique du Sud, ni l’Union africaine n’étaient présents à Paris.

Pour autant, les principaux objectifs de la conférence d’hier sur le Darfour étaient, selon la formule de Bernard Kouchner, d’apporter « le soutien de la communauté internationale aux initiatives de l’Union africaine et de l’ONU pour tenter de régler politiquement la crise du Darfour ». Ce qui incluait de discuter du financement de la force hybride dont le déploiement sur le terrain devient urgent, de s’intéresser aux populations déplacées, et surtout de relancer les négociations entre Khartoum et les rebelles. Car, depuis la signature de l’accord de paix d’Abuja, en mai 2006, avec seulement l’un des deux mouvements rebelles, ceux-ci se sont divisés en quelque vingt factions. Et le conflit a repris de plus belle.