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Au Darfour, Bernard Kouchner souligne "l'urgence" de la situation des réfugiés

24 Heures, 09 Juin 2007

Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner s'est rendu samedi au Darfour, à l'est du Tchad, où il a souligné "l'urgence" de la situation des centaines de milliers de réfugiés soudanais et déplacés tchadiens.

M. Kouchner s'est d'abord rendu dans le camp de Djabal, installé en avril 2004 près de Goz Beïda, où vivent plus de 15.000 réfugiés.Là, il s'est enquis avec des responsables du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) et du Programme alimentaire mondial (PAM) des besoins sanitaires et des difficultés d'approvisionnement de ce camp et de ceux de la région, notamment à l'approche de la saison des pluies qui commence dans quelques semaines au Tchad.

Dans le site de déplacés de Gassiré, installé en novembre 2006, le ministre français a discuté avec quelques unes des 13.000 personnes qui y vivent.

"Il faut parler de la situation des personnes déplacés et des réfugiés dans l'est du Tchad, c'est l'urgence", a-t-il déclaré à la presse à l'issue de ses visites.

M. Kouchner a rappelé la nécessité d'un règlement politique au Darfour et répété sa volonté de convaincre le président tchadien Idriss Deby Itno, qu'il rencontrera dimanche à N'Djamena, d'accepter le déploiement d'une force pour sécuriser les camps de l'est du Tchad, en souhaitant que cette force soit européenne.

"Il faut absolument un règlement politique et aider pratiquement, sécuriser. Il faut une opération, sans doute française mais j'espère européenne, qui sera proposée à l'ONU pour faire plus ici", a-t-il dit.

Le Tchad avait fait savoir fin février qu'il refusait le déploiement d'une force militaire que l'ONU souhaitait envoyer pour sécuriser ses frontières avec le Darfour et la Centrafrique.

M. Kouchner a indiqué que sa proposition de "corridors humanitaires" aériens vers le Darfour à partir du Tchad, était "toujours d'actualité", en dépit de la réticence affichée par N'Djamena à ce sujet et des critiques qu'elle a suscitées. Il avait indiqué mercredi qu'il n'était "pas du tout sûr" que de tels corridors puissent être mis en place.

Le ministre a également mis l'accent sur la situation spécifique des déplacés tchadiens. "Les camps de réfugiés sont aidés comme d'habitude, mais les personnes déplacées ne sont pas prises en charge par le HCR qui pourtant s'occupe d'eux" en leur procurant des tentes, des abris, et en s'occupant de l'agencement des sites, a-t-il expliqué.

Le conflit au Darfour (ouest du Soudan), qui oppose depuis 2003 plusieurs groupes rebelles à l'armée soudanaise, appuyée par des milices qui s'attaquent aux civils, a déjà débordé au Tchad et en Centrafrique frontaliers et menace de déstabiliser toute la région.

Plus de 150.000 Tchadiens ont été déplacés par les violences transfrontalières - prolongements du conflit du Darfour - qui se sont multipliées dans l'est du Tchad, où sont déjà réfugiés plus de 200.000 Soudanais ayant fui le Darfour.

L'ONG humanitaire Médecins sans frontières (MSF) avait dénoncé vendredi une "surenchère politique" sur le Darfour et "l'assistance largement insuffisante" dans l'est du Tchad, notamment en direction des déplacés internes.

"J'ai une impression assez sinistre. On voit bien s'installer une situation entre le Tchad et le Soudan qui risque de durer beaucoup", a également souligné le ministre français samedi.