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Darfour: Bernard Kouchner semble enterrer l'idée d'un corridor humanitaire

Nouvel Observateur, 06 Juin 2007

A la veille de son départ pour l'Afrique, sa première visite en tant que chef de la diplomatie française sur le continent noir, Bernard Kouchner a semblé enterrer mercredi son idée d'un corridor humanitaire pour aider les personnes déplacées au Darfour.

"On ne peut pas décider pour les autres", a déclaré le ministre des Affaires étrangères à l'issue du conseil des ministres. "Corridor humanitaire, c'est un bon concept quand il peut s'adapter. Là, il était aérien et ce n'est pas du tout sûr qu'on puisse le faire, mais le reste, on le fera", a ajouté M. Kouchner. "Le corridor, c'est un faux problème. Ce n'est pas ça le problème, c'est d'être utile."

Le 29 mai dernier, il avait proposé à ses homologues du G-8 de créer un couloir humanitaire depuis le Tchad -où l'armée française compte un millier d'hommes- pour venir en aide aux populations du Darfour, dans l'ouest du Soudan. L'opération, qui serait sous mandat de l'ONU, a suscité la perplexité des ONG.

L'idée paraît "saugrenue et dangereuse" pour le Dr Denis Lemasson, responsable des programmes au Soudan de Médecins sans frontières (MSF, dont Bernard Kouchner fut l'un des cofondateurs). "Saugrenue parce qu'une aide massive est déjà acheminée chaque jour au Darfour" et "dangereuse parce qu'en mélangeant intervention militaire et action humanitaire, elle pourrait mettre en danger les secours au lieu de les améliorer", explique-t-il mercredi dans le quotidien gratuit "Metro".

Le Dr Lemasson rappelle que le Darfour n'est plus dans un contexte de "massacres de masse" comme en 2003-2004. "Depuis un an, les forces armées, rebelles comme progouvernementales, ont scissionné en des dizaines de factions qui s'affrontent et créent une situation d'insécurité", écrit-il. Aujourd'hui, porter secours aux populations est "difficile, parfois dangereux, mais possible".

Devant l'accueil peu favorable reçu par sa proposition, Bernard Kouchner s'est concentré sur une autre initiative l'organisation d'une réunion du groupe de contact "élargi" au niveau ministériel à Paris aux environs du 25 juin.

Mardi à Berlin, aux côtés de son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier, le chef de la diplomatie française a précisé que l'invitation a été acceptée par ses "collègues chinois, russe, sud-africain". Il s'agit de donner "une nouvelle impulsion aux efforts politiques et de progresser vers le déploiement d'une force hybride" Union africaine et Nations unies, expliquait mercredi le Quai d'Orsay. Cette force de plus de 20.000 hommes qui n'a toujours pas reçu le feu vert du président soudanais Omar el-Béchir.

La France se veut première ligne sur la question du Darfour où plus de 200.000 personnes sont mortes et au moins 2,5 millions d'autres ont été déplacées depuis le début des affrontements entre rebelles et armée régulière et milices progouvernementales en 2003.

Le président Nicolas Sarkozy, qui "a l'intention de l'évoquer" au sommet du G-8 qui s'ouvrait mercredi à Heiligendamm (Allemagne), et Bernard Kouchner, considèrent que cette question est une "grande priorité", soulignait mercredi la porte-parole du gouvernement Christine Albanel.

Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner ont multiplié les contacts ces derniers jours sur le Darfour. Une réunion sur le sujet a eu lieu mardi à l'Elysée autour du président de la République, auquel le ministre des Affaires étrangères devait soumettre des propositions.

Après le G-8, la situation au Darfour s'annonce aussi comme l'un des thèmes dominants du voyage en Afrique de Bernard Kouchner. Le chef de la diplomatie française partira jeudi pour une visite de quatre jours sur le continent noir, qui le conduira au Mali, pour l'investiture du président Amadou Toumani Touré, vendredi, et au Tchad, seules étapes confirmées pour le moment par le Quai d'Orsay. Au Tchad, le ministre doit se rendre dans la région d'Abéché, dans l'est du pays, où se trouvent des populations réfugiées du Darfour, avant de s'entretenir dimanche avec le président Idriss Déby.