Sauver Le Darfour dans le monde

Darfour, comment sortir de l’impasse ?

Sud Ouest, 03 Juin 2007

« Darfour. (…) Après la Somalie et le Rwanda, voici donc de nouvelles victimes qui viennent heurter la conscience de l'Occident et lui demander de l'aide. Que leur répondons-nous ? ». Ainsi s’exprimait Bernard Kouchner en décembre 2006, avant sa nomination au Quai d’Orsay, pour fustiger l’inertie du monde face à la tragédie du Darfour qui a déjà fait plus de 300 000 morts et 2 millions et demi de déplacés depuis avril 2003 dans cette région de l’ouest du Soudan.

Le chef de la diplomatie française s’est assigné une feuille de route sur le Darfour : « améliorer la situation humanitaire et progresser vers le déploiement d’une force hybride ONU / UA et une solution politique. », et de souligner que « ce n’est pas la France seule qui va régler ce problème. Notre volonté est de travailler avec la communauté internationale, et d’abord avec l’Union européenne. »

Ainsi, dès le 31 mai dernier, il a pu convaincre ses homologues du G8 d’inscrire à l’ordre du jour du sommet qui se déroulera du 6 au 8 juin prochains en Allemagne, la mise en place, sous mandat de l’ONU, de « corridors humanitaires » vers le Darfour, à partir du Tchad et de la Centrafrique.

Tollé des organisations humanitaires françaises (Action Contre la Faim, Médecins Sans Frontières…). Ces ONG, qui assurent la survie de centaines de milliers de darfouris dans les camps de déplacés, redoutent que de tels couloirs humanitaires ne créent « une confusion entre humanitaires et militaires ».

On comprend l’argument : éviter à tout prix une confrontation avec la junte en place à Khartoum et ses milices, qui pourrait provoquer l’expulsion des ONG et une hécatombe dans les camps de réfugiés. Déjà, ces organisations s’étaient opposées à l’idée d’une intervention militaire au Darfour. Ces avertissements doivent être pris en considération.

Reste aujourd’hui, à passer à l’action, un morbide compteur tourne au Darfour et il n’est pas sur le point de s’arrêter. Il serait naïf de croire, qu’une diplomatie molle pourrait résoudre le problème.

Quatre ans après les négociations stériles et échanges de missives entre le Président soudanais et les Secrétaires généraux successifs de l’ONU, nous ne pouvons plus ignorer la nature réelle du pouvoir central soudanais. Un régime massacreur qui fait des gestes d’ouverture dès lors que la pression monte et se ravise dès lors que celle-ci apparaît moins crédible.

Il est temps qu’une véritable mobilisation politique pour le Darfour succède à la seule aide humanitaire ou générosité financière.

Dès lors, la France ne doit pas se tromper de stratégie. Pour parvenir à une paix durable au Darfour, c’est à une démocratisation de l’ensemble du Soudan qu’il faut œuvrer. La dictature soudanaise, issue d’un coup d’Etat en 1989, a exacerbé toutes les divisions ethniques pour s’arroger les richesses pétrolières du pays, d’abord en intensifiant un Djihad au sud-Soudan contre les populations Animistes et Chrétiennes qui a fait près de deux millions de morts, puis exploitant au Darfour les antagonismes des nomades arabes musulmans contre les agriculteurs africains, tout aussi musulmans, car ces derniers s’étaient rebellés pour réclamer une part des richesses du pays.

Les soudanais, arabes ou africains, sont excédés par dix-huit années de dictature. En 1989, ils n’avaient d’ailleurs accordé que 10% de leurs voix aux islamistes aux élections qui précédèrent le coup d’Etat de ces derniers.

Dès lors, l’association Sauver le Darfour appelle la France à la réunion d’une conférence internationale en vue de parvenir diplomatiquement à l’arrêt des massacres et à la démocratisation du Soudan au moyen, tout d’abord d’une négociation ferme avec la Chine - quitte à lui sécuriser son accès au pétrole soudanais ou à la menacer d’une non participation au Jeux Olympiques de Pékin - mais également grâce à la mise en oeuvre d’un isolement économique et politique complet du Soudan, ainsi qu’à l’interdiction de survol du pays.

Les Etats-Unis ont récemment adopté des sanctions unilatérales, notamment de nature économique, contre le Soudan ; la France doit en faire de même comme s’y est engagé le candidat Nicolas Sarkozy.

Le temps des tergiversations doit maintenant prendre fin. Le temps de l’action est venu.