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Darfour : Paris propose "un corridor humanitaire à partir du Tchad"

Le Monde, 29 Mai 2007

La France propose la sécurisation d'"un corridor humanitaire à partir du Tchad" pour venir en aide au Darfour, a déclaré lundi soir à Hambourg le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner à l'issue d'un entretien avec son homologue chinois.

"On réfléchit à plusieurs options, y compris la sécurisation d'un corridor humanitaire à partir du Tchad", a dit M. Kouchner après un entretien d'une heure avec le chef de la diplomatie chinoise, Yang Jiechi, dans le cadre d'une réunion du Forum UE-Asie (ASEM).

"Ce n'est qu'une idée pour l'instant, mais pourquoi ne pas essayer ?", a ajouté M. Kouchner, en soulignant qu'il avait proposé à M. Yang de "participer à un groupe de contact élargi sur le Darfour".

Le chef de la diplomatie chinoise "a marqué son intérêt" pour les idées françaises, selon des diplomates ayant participé à l'entretien.

La Chine, qui absorbe 60% de la production pétrolière soudanaise, reste opposée à des sanctions de l'ONU contre le Soudan. Elle a dépêché il y a une semaine à Khartoum son "représentant spécial pour l'Afrique", Liu Guijin.

M. Kouchner a indiqué qu'il s'était également entretenu lundi au téléphone avec le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui a qualifié, selon lui, l'idée française de "sérieuse".

La France dispose d'un millier d'hommes ainsi que d'une poignée d'appareils de chasse et d'hélicoptères au Tchad dans le cadre du dispositif "Epervier".

L'opération envisagée au Darfour serait "sous mandat de l'Onu et à composante européenne", selon des sources diplomatiques françaises, qui précisent toutefois que rien n'a été décidé.

Le Haut représentant de l'UE pour la politique extérieure, Javier Solana, a accueilli cette idée favorablement mais avec prudence. "Tous les efforts pour régler la question du Darfour sont importants", a-t-il dit. "Je suis d'accord sur le principe. Il faut voir comment nous pouvons le faire".

M. Kouchner, l'ancien "french doctor" partisan du droit d'ingérence humanitaire, doit se rendre mardi à Berlin, avant de participer mercredi et jeudi à Potsdam, près de la capitale allemande, à une réunion de ministres des Affaires étrangères du G8.

Socialiste en rupture de ban, il peut se prévaloir au sujet du Darfour du plein accord du président Nicolas Sarkozy, qui avait qualifié durant sa campagne d'"inacceptable" la situation dans cette province de l'ouest du Soudan où les violences ont fait 200.000 morts et 2 millions de déplacés.

Khartoum a donné son accord au déploiement de quelque 3.000 employés de l'ONU en soutien de l'actuelle force de l'Union africaine (Amis) au Darfour mais tarde à autoriser l'envoi d'une mission hybride ONU-UA d'environ 20.000 hommes.

Avant d'être nommé au Quai d'Orsay, M. Kouchner avait préconisé l'ouverture d'un "corridor humanitaire" pour sauver les civils.