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Darfour: Paris propose un "corridor humanitaire" à partir du Tchad

Tageblatt, 29 Mai 2007

Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner, après en avoir présenté l'idée au Forum Asie-UE à Hambourg, tentera de convaincre ses homologues du G8, mercredi à Potsdam, de venir en aide au Darfour en sécurisant "un corridor humanitaire à partir du Tchad".

L'ancien "french doctor", partisan du droit d'ingérence humanitaire qui a fait du Darfour (ouest du Soudan) sa "priorité" dès sa nomination il y a dix jours, a lâché ce ballon d'essai à Hambourg alors que Washington annonçait de nouvelles sanctions unilatérales contre le Soudan. Khartoum a donné son accord au déploiement de quelque 3.000 employés de l'ONU en soutien à la force de l'Union africaine (Amis) au Darfour mais tarde à autoriser l'envoi d'une mission hybride ONU-UA d'environ 20.000 hommes. La France réfléchit à "la sécurisation d'un corridor humanitaire à partir du Tchad", a dit M. Kouchner après un entretien d'une heure lundi soir avec le chef de la diplomatie chinoise, Yang Jiechi. "Ce n'est qu'une idée pour l'instant, mais pourquoi ne pas essayer?", a-t-il ajouté, en soulignant qu'il avait proposé à M. Yang de "participer à un groupe de contact élargi sur le Darfour". La France dispose d'un millier d'hommes ainsi que d'une poignée d'appareils de chasse et des hélicoptères au Tchad dans le cadre du dispositif "Epervier". Une intervention à partir du Tchad aurait l'avantage de la proximité : un trajet de 300 km contre 1.000 km à partir de la Centrafrique. L'opération serait "sous mandat de l'Onu et à composante européenne", selon des diplomates français, qui précisent toutefois que rien n'a été décidé. M. Kouchner doit rencontrer pour la première fois la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice mercredi à Potsdam, près de Berlin. Il s'en est entretenu lundi au téléphone avec le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. La large concertation qui vient d'être lancée par les Français se veut à l'opposé des sanctions unilatérales de l'administration américaine. La réaction des Chinois, qui absorbent 60% de la production pétrolière soudanaise et prennent la défense du Soudan au Conseil de sécurité, semble plaider en faveur de l'approche française. Ces sanctions "vont simplement aboutir à compliquer la recherche d'une solution au problème", a estimé mardi le représentant chinois pour le Darfour, Liu Guijin. Mais des obstacles de taille demeurent. Les Européens "posent des questions", selon un diplomate français, avant d'envisager une intervention dont les contours sont loin d'être définis. Le Haut représentant de l'UE pour la politique extérieure, Javier Solana, s'est dit à Hambourg "d'accord sur le principe", ajoutant : "Il faut voir comment nous pouvons le faire". La multiplication de mouvements rebelles au Darfour complique la donne et l'accord des autorités soudanaises est loin d'être acquis, tout comme celui des pays africains et en particulier des Etats de la région comme l'Egypte, l'Erythrée ou la Libye. "Ce n'est pas fait. Il faut encore les convaincre", a reconnu M. Kouchner. Plusieurs ONG se sont prononcées contre une intervention humanitaire à composante militaire qui se traduirait, selon le président de MSF, Jean-Hervé Bradol, par "le retrait de la plupart des organismes d'aide". Le chef de la diplomatie chinoise a "marqué son intérêt" pour les idées françaises mais s'est bien gardé de leur apporter un clair soutien. Socialiste en rupture de ban, M. Kouchner peut néanmoins se prévaloir de la volonté politique du président Nicolas Sarkozy, qui a qualifié durant sa campagne d'"inacceptable" la situation au Darfour où les violences ont fait 200.000 morts et 2 millions de déplacés. Pour marquer cette volonté, il compte organiser une réunion sur le Darfour à Paris "avant la fin juin", à laquelle il a déjà invité Yang Jiechi.