Sauver Le Darfour dans le monde

Les pressions sur Pékin se multiplient

La Croix, 14 Mai 2007

Montrée du doigt pour son soutien au régime de Khartoum, la Chine s'efforce de sauvegarder son image à un an des Jeux olympiques

«La Chine souhaite travailler avec le reste de la communauté internationale pour la paix et la stabilité au Darfour », déclarait mardi 8 mai une porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères. Elle venait d’annoncer que Pékin allait participer à la future force « hybride » ONU-Union africaine en envoyant une « équipe de techniciens », dont le nombre et le rôle n’ont pas été précisés.

Premier importateur de pétrole du Soudan, dont elle est le premier fournisseur d’armes, la Chine reste un des principaux alliés du président Omar El Béchir. Mais elle est aussi sous forte pression internationale, notamment américaine, pour contribuer au règlement de la crise du Darfour.

Le dernier épisode en date sur le plan diplomatique remonte à mercredi 9 mai, quand 107 des 435 membres de la Chambre des représentants ont adressé une lettre intransigeante au président Hu Jintao.

« À moins que la Chine joue son rôle pour faire en sorte que le gouvernement du Soudan accepte la voie la plus raisonnable et la meilleure vers la paix, l’Histoire jugera que votre gouvernement a financé un génocide », affirme la missive rédigée par Tom Lantos, président démocrate de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, qui est aussi le seul survivant de la Shoah à siéger au Capitole.
Un « représentant spécial pour l’Afrique » en Chine

Les Jeux olympiques de Pékin en 2008 servent de levier aux pressions américaines. La Chine risque de rester « pour toujours comme l’hôte des Olympiades du génocide », préviennent ainsi les élus dans leur courrier, sans évoquer pour autant de boycottage.

Engagé dans une collaboration avec les organisateurs des JO en tant que « conseiller artistique », le célèbre réalisateur Steven Spielberg a « ajouté [sa] voix à celles qui demandent à la Chine de modifier sa politique vis-à-vis du Soudan et de faire pression sur le gouvernement soudanais » dans un texte rendu public vendredi.

Cette mise à l’index a aussi inclus un rapport d’Amnesty International dénonçant la fourniture massive d’armes au Soudan, notamment par la Chine et la Russie. Selon ce rapport rendu public la semaine dernière, le Soudan a importé en 2005 l’équivalent de 17,7 millions d’euros de matériel militaire chinois, en violation de l’embargo édicté par les Nations unies, dont la Chine.

« Cette accusation est sans fondement », a rétorqué Pékin. Néanmoins, signe qu’il prend au sérieux les critiques qui lui sont adressées, le gouvernement chinois a nommé jeudi dernier un « représentant spécial pour l’Afrique », dont la tâche immédiate sera de se consacrer au conflit du Darfour.