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Darfour : Pékin et Moscou violeraient l'embargo

Liberation, 09 Mai 2007

Dans un rapport accablant, Amnesty International a accusé hier la Chine et la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité, d'enfreindre l'embargo onusien sur les armes imposé au Darfour en autorisant des livraisons massives d'armes au Soudan, où elles sont utilisées en violation du droit international.

Se déclarant «profondément consternée», l'organisation humanitaire précise que Pékin et Moscou «permettent des flux continus d'armes vers des parties du Soudan qui sont détournés vers le conflit au Darfour et utilisés là et au-delà de la frontière du Tchad». Avec notamment des photographies à l'appui, le rapport précise qu'en 2005 le Soudan a importé de Chine pour 17,63 millions d'euros d'armes et munitions et pour 41,89 millions d'euros de pièces et équipements pour avions. De son côté, la Russie a exporté vers le Soudan pour 15,43 millions d'euros d'équipement aérien (avions et hélicoptères), matériel qui «s'ajoute aux importantes livraisons d'armes des années précédentes». Ces ventes violent l'embargo des Nations unies décrété en juillet 2004 et étendu en 2005 à toutes les parties engagées dans le conflit.

«L'autorité du Conseil de sécurité lui-même est fortement ébranlée, car les autorités soudanaises et les groupes armés au Darfour agissent avec une évidente impunité sous les yeux du monde, important et détournant des armes pour commettre des violations flagrantes du droit international», a aussi souligné Amnesty. Moscou et Pékin ont rejeté ces accusations.

La Chine, qui ne fait pas mystère de soutenir Khartoum ­ elle est le premier investisseur étranger au Soudan ­, a même fait savoir qu'elle enverrait des ingénieurs militaires au Darfour dans le cadre d'une mission des Nations unies chargée d'appuyer la force de l'Union africaine (UA) déployée dans la province occidentale du Soudan. Dans le même rapport, Amnesty revient sur les «graves violations et atteintes aux droits de l'homme et à la législation humanitaire internationale commises par le gouvernement soudanais, les milices jenjawids ­ soutenues par le gouvernement ­ et des groupes armés d'opposition».

En avril, l'ONU avait accusé le Soudan d'enfreindre ses résolutions en acheminant par avion des armes et d'autres matériels militaires au Darfour, région de la taille de la France. L'ONU et Amnesty ont aussi accusé Khartoum d'utiliser des avions peints en blanc pour qu'ils ressemblent à ceux de l'ONU afin de procéder à des bombardements dans cette région.