Sauver Le Darfour dans le monde

La Chine fait un geste sur le Darfour

Le Figaro, 09 Mai 2007

Pékin promet de participer à la mission de paix des Nations unies.


ACCUSÉE de déstabiliser l'Afrique par un soutien aveugle aux dictatures, la Chine fait un geste pour désarmer la critique des Occidentaux : elle a décidé de participer à une mission de paix au Darfour, avec l'envoi d'« une équipe de techniciens » peut-être chargée d'amadouer son vieil allié, le président soudanais Omar al-Béchir.


« La Chine souhaite oeuvrer à la paix et à la stabilité au Darfour, avec le reste de la communauté internationale », a expliqué hier le porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Pékin. Jiang Yu n'a précisé ni le calendrier, ni la mission, ni l'effectif du contingent chinois. D'après Washington, celui-ci devrait atteindre 300 personnes. Il préparerait le terrain à l'envoi d'une force internationale de 3 000 hommes, mandatée par l'ONU et chargée d'épauler des troupes de l'Union africaine dépassées par la catastrophe humanitaire.


L'engagement chinois, restreint et non militaire, satisfera tout le monde dans un premier temps. Le régime islamiste soudanais, accusé de parrainer le nettoyage ethnique dans la province du Darfour, ne peut guère s'y opposer : sous l'amicale pression de Pékin, Omar al-Béchir a déjà donné un feu vert aux effectifs limités de la future « Force hybride » de l'ONU.


Une zone d'interdiction aérienne


L'Administration Bush, talonnée par le Congrès et par la communauté noire, y trouvera le moyen de gagner du temps sur ses propres scénarios d'intervention musclée : ces dernières semaines, Washington a été jusqu'à évoquer la création d'une zone d'interdiction aérienne dans le ciel soudanais, suivant l'exemple irakien d'avant 2003. Hier, le département d'État a été le premier à saluer « le développement positif » venu de Pékin.


L'ONU et son secrétaire général Ban Ki-moon y verront enfin l'éclaircie, après des années d'impuissance face au « génocide » dénoncé dès 2005 par l'ex-secrétaire d'État américain Colin Powell. En quatre ans, quelque 200 000 personnes auraient été tuées au Darfour et près de 2 millions déplacées. Le Conseil de sécurité, divisé, s'est avéré incapable d'y faire entrer la force dont il avait autorisé la création : un contingent de 20 000 Casques bleus.


« Les JO du génocide »


La République populaire, premier importateur de pétrole soudanais et premier investisseur dans le pays, s'est jusqu'ici refusée à tordre le bras d'Omar al-Béchir. Membre permanent du Conseil de sécurité, elle s'oppose systématiquement à toute sanction contre le Soudan. Le geste annoncé hier ne lève en rien l'hypothèque. Les optimistes y discerneront un signe d'impatience vis-à-vis de Khartoum. Les pessimistes n'y verront qu'une tactique de retardement face à la mobilisation internationale.


Ces dernières semaines, Pékin semble avoir été surprise par le retentissement public du drame du Darfour en Occident, la Chine se retrouvant dans le mauvais rôle au mauvais moment. En France, François Bayrou puis Ségolène Royal ont agité la menace d'un boycott des Jeux de Pékin, l'an prochain. Aux États-Unis, un puissant « lobby du Darfour » hante déjà les candidats à la Maison-Blanche. Dénonçant « les JO du génocide » avec Mia Farrow et George Clooney, il peut se targuer d'un succès médiatique : Zhai Jun, diplomate de haut rang, vient de se rendre dans les camps de réfugiés pour exprimer, face à la caméra, un peu de compassion chinoise.


Il n'y a pas que le souci d'offrir au monde des Olympiades sans tache. Bousculée par la critique, la direction chinoise découvre peu à peu qu'en fermant les yeux sur les excès du régime al-Béchir et la sauvagerie des milices soudanaises, elle discrédite l'ensemble de ce qu'elle considère comme un succès de grande puissance : sa phénoménale percée en Afrique. La « non-ingérence » et l'aide « sans condition » accordée à Khartoum, ou encore à Harare, ont fini par apparaître pour ce qu'ils sont : un soutien peu responsable aux régimes les moins fréquentables du continent.