Sauver Le Darfour dans le monde

L'«accord» sur le Darfour est salué malgré les interrogations

Le Devoir, 19 Novembre 2006

L'«accord de principe» de Khartoum à une opération «hybride» ONU-Union africaine (UA) au Darfour, annoncé par le secrétaire général de l'ONU, a été salué hier par la communauté internationale sans que le Soudan ait confirmé son feu vert à une telle option.

«Cet accord ouvre la voie à une force de paix hybride ONU-Union africaine [UA] pour le Darfour essentiellement composée et dirigée par des Africains et équipée et financée par les Nations unies», s'est félicité le président américain George W. Bush de l'accord arraché jeudi soir à Addis Abeba par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan.

«J'espère maintenant que le gouvernement soudanais va accepter cette proposition», a quant à elle commenté la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice.

«Consensus»

L'Égypte, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, a également salué l'«accord». «La réunion d'Addis Abeba a vu la naissance d'un nouveau consensus général comprenant le gouvernement soudanais», a-t-il déclaré aux journalistes.

«Ce consensus confirme l'importance d'appuyer la force africaine au Darfour [AMIS] et la nécessité de mettre toutes les capacités techniques et financières à disposition pour l'appuyer», a ajouté M. Aboul Gheit à son retour de la capitale éthiopienne.

M. Annan a annoncé jeudi soir à l'issue de longues discussions à Addis Abeba que le Soudan avait accepté «le principe d'une opération hybride».

La force de l'UA actuellement déployée au Darfour est sous-financée et mal équipée. L'ONU doit prendre le relais de cette force, conformément à la résolution 1706 du Conseil de sécurité de l'ONU votée le 31 août, mais Khartoum y était jusqu'à présent catégoriquement opposé.

Les conclusions de la réunion d'Addis Abeba doivent être soumises au Conseil de sécurité de l'ONU par M. Annan et seront discutées lors d'un sommet du Conseil de paix et sécurité de l'UA à Brazzaville, le 24 novembre.

«Pour l'instant, il n'y a aucune assurance d'une avancée majeure, sauf que tout le monde, même les Chinois et les Sud-Africains, soutient le projet», a expliqué sous couvert d'anonymat un diplomate qui a pris part à la réunion.

«Toute la question est de savoir ce que veulent les Soudanais. Ou bien ils veulent une dynamique de paix et devraient alors accepter ce texte puisqu'on ne parle plus d'opération de l'ONU, ou bien ils ne cherchent qu'à gagner du temps, espérant le départ de l'AMIS, qui permettrait une opération militaire de Khartoum au Darfour», a-t-il ajouté.

Hier, le ministre des Affaires étrangères soudanais, Lam Akol, qui conduisait la délégation de Khartoum à la réunion, a affirmé que l'accord d'Addis Abeba ne prévoyait pas de déploiement de soldats de l'ONU sur le terrain aux côtés de soldats africains.

«On ne doit pas parler de force mixte car ce que nous discutons et ce sur quoi nous sommes d'accord, c'est une force africaine assistée par les Nations unies», a insisté M. Akol en reprenant la position traditionnelle de Khartoum dans ce dossier.

Un responsable de l'UA a au contraire jugé que la réunion a «débouché sur une victoire du Soudan qui a obtenu que le commandement de la force de paix ne sera jamais onusien. Le Soudan est toujours en position de force, on est en train de tourner en rond», a-t-il déclaré à l'AFP sous couvert d'anonymat.

Le représentant permanent du Soudan à l'ONU, Abdulmahmoud Abduhaleem, a été catégorique à l'issue de la rencontre: «Il ne s'agira en tout cas que de troupes africaines sous commandement africain. Il n'y aura pas de Casques bleus au Darfour», a-t-il affirmé, notant que cette opération mixte ONU-UA «est très spéciale: les Nations unies paient pour que l'UA fasse le boulot».