Sauver Le Darfour dans le monde

Afrique : la dérive du continent noir

Le Figaro, 13 Avril 2007

La Somalie en guerre, le Darfour livré aux bandits... La paix se fait rare dans l'Afrique noire, qui cumule les conflits et la misère.

Liberia, Rwanda, Côte d'Ivoire, République démocratique du Congo... La plupart des Etats africains sont parvenus, un jour ou l'autre dans leur histoire, à adopter des solutions pacifiques après des années de guerres fratricides. Tous ont un jour signé des cessez-le-feu, tous sont passés par la voie démocratique des élections. Pourtant, des événements comme ceux qui surviennent en RDC ou en Somalie prouvent à quel point les rameaux d'olivier dissimulent mal les pommes de discorde. Et partout, la présence de Casques bleus onusiens et de Casques blancs africains atteste de la fragilité politique du continent noir.

La paix est d'autant plus difficile à installer durablement dans cette région que chaque conflit civil rejaillit sur son voisin direct, qui se voit ainsi aspirer dans la tourmente. Ce fut le cas du Burundi et du Rwanda, de la Sierra Leone et du Liberia. C'est aujourd'hui celui du Darfour. La guerre entre les miliciens arabes du gouvernement de Khartoum et les Darfouriens noirs a en effet franchi les frontières du Tchad et de la République centrafricaine, y semant violence et désolation. Ces deux Etats, déjà au bord d'une guerre civile, connaissent un afflux massif de réfugiés du Darfour, et cette situation ne fait que crisper davantage leurs relations avec Khartoum, accusé de soutenir et d'offrir une base aux rebelles qui les menacent.

Parler de guerre civile au Darfour relève par ailleurs de l'euphémisme, tant ce qui s'y passe dépasse l'imagination. Car si l'ONU évoque pour le moment les termes de nettoyage ethnique, il s'agit très probablement du premier génocide du XXIe siècle, tout comme celui du Rwanda fermait le compte macabre du siècle précédent. Sorti de son isolement médiatique grâce à la mobilisation de quelques people de France et d'Amérique, le Darfour n'en est pas moins terriblement abandonné. Le flou même autour du nombre des victimes - entre 200 000 et 400 000 - prouve à quel point cette région grande comme la France est seule au monde.

Quant à la Somalie, elle non plus n'en a pas terminé avec la barbarie. Tout juste sortie de quatorze années de guerre civile, la voici replongée dans le chaos. Mogadiscio, surtout, n'en finit pas de souffrir, théâtre sanglant d'affrontements entre les forces de l'Union des tribunaux islamiques (UTI) et le gouvernement transitoire soutenu par les Etats-Unis, qui voient dans l'UTI une ramification d'al-Qaida. Là encore, le conflit somalien éclabousse ses proches voisins, l'Ethiopie et l'Erythrée, qui ont trouvé une bonne raison de perpétuer la haine qu'elles se vouent depuis la nuit des temps. La première soutient donc, avec armes et fracas, le gouvernement transitoire, tandis que la seconde appuie, en sous-main, l'UTI.

Ici comme ailleurs, de l'Afrique à l'Amérique, on se trouve au coeur d'un jeu vieux comme le monde, dans lequel les amis des ennemis sont aussi des ennemis.