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Darfour : le viol comme arme de guerre

Ouest-france, 07 Août 2006

Depuis le début du conflit du Darfour, des milliers de femmes ont été victimes de viols systématiques perpétrés par les milices arabes et les soldats soudanais. Une dérive épouvantable qui met ces pratiques au rang de véritables armes de guerre. Une violation éhontée des droits humains.
Après la Bosnie, le Rwanda et le Congo-Brazzaville, c'est aujourd'hui au Darfour que la pratique du viol sévit à grande échelle, pour « humilier, punir, contrôler, terroriser et déplacer les femmes et les communautés », conclut le rapport rédigé par Amnesty international et intitulé Le viol : une arme de guerre. Les agresseurs, des soldats soudanais ou des membres des milices arabes djandjawids, agissent lors d'attaques de villages, de déplacements et dans les camps de réfugiés au Tchad. Le viol entretient la peur et pousse à l'exode. Déjà 1,2 million de déplacés ont dû prendre la fuite.

Pour Samantha Maurin, porte-parole d'Amnesty International et coauteur du rapport, « le viol n'est pas le fait d'une désobéissance occasionnelle, c'est une pratique utilisée à grande échelle. » Plusieurs centaines de témoignages ont été recensées. Amnesty International a déjà dressé une liste de 250 noms de victimes de viols ou de violences sexuelles.

Réduites à des esclaves sexuelles

« Vous êtes nos esclaves parce que vous êtes noires et que vous n'avez pas de dieu ! » Ce sont les mots rapportés par des victimes réduites à un état de servilité sexuelle, comme le souligne la porte-parole d'Amnesty. « Lors des attaques, les plus jolies femmes sont capturées et sont « utilisées » par plusieurs hommes, avant d'être libérées. Celles qui résistent sont exécutées ou torturées. » Quelques femmes complices, les « hakama », chanteuses traditionnelles chargées d'encourager les combattants, auraient « directement harcelé des femmes soumises à des agressions sexuelles ». Les jeunes filles et les femmes enceintes ne sont pas épargnées. Membres brisés ou mutilations sexuelles, l'éventail des tortures est vaste. Les séquelles physiques et psychologiques des femmes le sont tout autant.

Dans une région où l'excision est pratiquée et où les conditions d'hygiène sont déplorables, les risques d'infection suite au viol sont décuplés. « Quand elles arrivent, nous leur administrons une contraception immédiate, ainsi qu'un traitement contre les maladies sexuelles et l'hépatite B. Elles sont souvent soulagées d'être prises en charge à temps », explique Mercedes Tatay, médecin responsable adjointe des urgences à Médecins sans frontières (MSF). « Elles sont dans une situation très traumatique mais restent responsables de la survie de leur famille, après la mort de leur mari », précise-t-elle. Les enfants nés du viol sont souvent abandonnés par honte et deviennent des proies idéales pour le recrutement des milices. Pour protéger les jeunes filles des viols, le mariage forcé se développe à l'intérieur même des camps, sur la base d'un vil marchandage.

À long terme, « le viol humilie les femmes et détruit le lien social qui existe à l'intérieur de leur communauté dont elles sont aussitôt exclues. » S'il est encore impossible de dire si le viol s'inscrit dans une logique de nettoyage ethnique, les ONG tentent d'attirer l'attention sur l'impunité dans laquelle agissent les criminels. « Pour que l'impunité ne soit pas la loi, il faudrait qu'un mécanisme de protection des témoins et de garanties soit prévu par l'Onu », explique Samantha Maurin, inquiète des pressions exercées sur les victimes. « Actuellement les viols continuent et les femmes qui parlent sont de plus en plus souvent arrêtées. Celles qui prennent le risque de témoigner aujourd'hui oseront-elles le faire au grand jour devant des juges ? », s'interroge la porte-parole d'Amnesty. La protection des témoins et les soins psychologiques sont un « luxe » que ne peuvent pas encore se payer les programmes humanitaires. Il est impossible de se battre sur les deux fronts pour le moment. Dans l'immédiat, un autre fléau doit être endigué : la famine.