Sauver Le Darfour dans le monde

L'Afrique, et le Darfour, sous les feux des projecteurs au Congrès

Departement Americain, 24 Juin 2005

Déposition de M. Robert Zoellick sur le Soudan devant la commission des relations étrangères

Le 22 juin, les feux des projecteurs ont été braqués sur les questions africaines lorsque les membres de la Commission des relations étrangères ont exprimé leurs inquiétudes au secrétaire d'Etat adjoint, M. Robert Zoellick, en ce qui concerne la poursuite de la violence ethnique au Darfour, dans l'ouest du Soudan.

Les questions africaines relevant habituellement de la sous-commission africaine, la déposition du secrétaire d'Etat adjoint constituait une dérogation aux pratiques usuelles en vertu desquelles ce sont généralement des fonctionnaires de moindre rang qui sont invités à donner des précisions sur un sujet particulier aux parlementaires.

Ancien représentant des Etats-unis au commerce extérieur, M. Zoellick a joué un rôle prééminent dans la négociation d'accords commerciaux entre les Etats-Unis et le Maroc et l'Afrique du Sud et il a placé les questions africaines à la première place de son ordre du jour.

Il a laissé entendre qu'il pourrait se rendre à nouveau au Soudan le 9 juillet, date à laquelle le gouvernement d'unité nationale doit être formé ainsi que le préconise l'Accord de paix générale signé en janvier à Naivasha (Kenya) par le gouvernement de Khartoum et le Mouvement de libération du peuple du Soudan (MLPS).

Ayant visité le Soudan au début du mois de juin, M. Zoellick a déclaré, qu'à son avis, la violence, qui cible principalement les civils, est "une véritable tragédie" qui menace de défaire le récent accord que le rôle joué par le gouvernement des Etats-Unis a facilité et qui pourrait mettre fin à une guerre civile qui dure depuis 20 ans, un avis qu'ont partagé les parlementaires.

S'adressant à M. Zoellick, le représentant Tom Lantos, démocrate de Californie et unique survivant de l'Holocauste à jamais avoir été élu au Congrès, a indiqué qu'il se sentait très proche du peuple du Darfour. "Le génocide au Darfour n'est pas seulement une crise africaine, c'est un crime qui touche l'humanité tout entière et, en tant que tel, il nous oblige tous à réagir de toute urgence", a-t-il dit.

Le Congrès et le département d'Etat ont officiellement qualifié de "génocide" l'assassinat de quelque 160.000 à 300.000 civils au Darfour, et l'Organisation des Nations unies, elle, l'a qualifié de "crime contre l'humanité". Mais quel que soit le terme utilisé pour qualifier la situation, a fait valoir M. Zoellick, "il nous faut agir pour mettre fin à la tuerie".

Selon lui, il semble que la violence a diminué au Darfour depuis l'arrivée de 2.700 soldats de l'Union africaine chargés d'y maintenir la paix, mais les actes de banditisme auraient augmenté et il s'est déclaré en faveur du plan de l'Union africaine d'accroître les effectifs de cette force d'ici au mois de septembre pour qu'ils atteignent 7.000 soldats.

En ce qui concerne une éventuelle intervention de l'OTAN, M. Zoellick a précisé qu'il avait évoqué avec des responsables de l'OTAN et de l'Union européenne les moyens de fournir un appui aux plans des transports, de la logistique et de la planification, ajoutant cependant qu'une intervention de soldats de l'OTAN au Darfour représenterait à son avis "un gros défi".

Le président de la commission, M. Henry Hyde (républicain de l'Illinois) s'est fait l'écho de la colère ressentie par ses collègues à l'égard du gouvernement de Khartoum. "A l'heure actuelle, au Darfour, le gouvernement soudanais emploie un grand nombre des tactiques qu'il a utilisées dans le sud du pays. Plus de deux millions d'habitants du Darfour ont été obligés de quitter leur domicile, des villages entiers ont été rasés et les informations sont nombreuses à faire état de meurtres arbitraires, d'enlèvements, de pillages, de tortures et de viols", a-t-il dit, précisant qu'une partie des coupables de ces exactions seraient des djandjawids, des milices qui jouissent de l'appui du gouvernement. Il a recommandé cependant de "ne pas considérer uniquement la crise au Darfour aux dépens des efforts visant à solidifier l'accord de paix historique Nord-Sud".

Pour M. Zoellick, cet accord est la pierre angulaire de la paix au Soudan, car "il crée un cadre politique et constitutionnel en vue du partage de l'autorité et de la richesse" qui, espère-t-on, mettra fin aux conflits au Darfour et dans d'autres régions du Soudan.

Malheureusement, "la crise qui se poursuit au Darfour empêche que le nouveau gouvernement et la mise en oeuvre de cet accord aient l'appui des Etats-Unis et d'autres pays".

Il s'est, en revanche, déclaré confiant dans l'efficacité de l'aide humanitaire, soulignant : "La bonne nouvelle, pour l'instant, c'est que de grandes quantités d'aide alimentaire parviennent au Darfour", et faisant remarquer que 86 % de cette aide venaient des Etats-Unis.

Il a fait valoir l'importance, pour les Africains, d'assumer la responsabilité du processus de paix au Soudan pour garantir sa pérennité, même si une aide est offerte de l'extérieur. Les négociations de paix qui se tiennent à Abuja entre le gouvernement soudanais et les rebelles sont, à son sens, un pas dans la bonne direction et il est très important que l'Union africaine prenne la direction de ce genre d'initiatives.

Pour leur part, les Etats-Unis prêtent leur concours en collaborant avec les représentants de l'ONU au Soudan, avec les pays partenaires et avec les chefs du MLPS.

Lorsque M. Donald Payne, représentant démocrate du New Jersey, lui a demandé s'il fallait nommer un envoyé spécial des Etats-Unis pour le Soudan, M. Zoellick a fait savoir qu'il en avait parlé avec la secrétaire d'Etat, Mme Condoleezza Rice, et qu'une telle nomination avait "une importance symbolique".

"Pour le moment, je suis l'envoyé spécial de fait", a-t-il ajouté, précisant qu'il était disposé à conserver cette fonction pour que le processus continue sa marche en avant.