Sauver Le Darfour dans le monde

L’Afrique cède le Darfour à l’ONU

L'humanité, 13 Mars 2007

L’Union africaine accepte le transfert à l’ONU de sa mission dans l’ouest du pays. Espérant un accord de paix, elle prolonge sa présence.

Le texte de l’Union africaine est suffisamment ambigu pour ne mécontenter personne. Au terme de sept heures de discussion, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’organisation continentale a décidé vendredi « d’apporter son appui, en principe, à une transition de l’AMIS (mission de l’UA au Soudan) vers une opération des Nations unies » dans la province meurtrie du Darfour.

Dans le même temps, le CPS a « prorogé le mandat de l’AMIS jusqu’au 30 septembre 2006 » afin de continuer à surveiller l’application d’un cessez-le feu, jusque-là régulièrement violé, entre le gouvernement soudanais et les groupes armés du Darfour. L’UA contente ainsi le Conseil de sécurité qui, emmené par les Américains, avait adopté - début février une résolution demandant l’élaboration de plans pour un transfert de responsabilité de l’UA à l’ONU. L’administration Bush, après avoir un temps délaissé le conflit du Darfour, a pesé de tout son poids pour obtenir ce transfert, sans doute en partie motivée par la nécessité d’agiter, à six mois des élections de « mid-term », un thème auquel les électeurs noirs et chrétiens sont sensibles. Par ailleurs, l’AMIS était handicapée par un manque de moyens financiers et matériels, qui l’ont empêchée de déployer l’intégralité du contingent prévu pour le Darfour. Mais, en prolongeant son mandat, l’UA contente ceux de ses membres qui, comme la Libye ou l’Égypte, s’opposaient à une présence onusienne au Soudan, craignant que l’ONU soit le cheval de Troie de l’OTAN. Elle évite surtout de heurter Khartoum qui s’opposait - catégoriquement à la venue sur son sol de troupes non africaines. Le communiqué final du CPS précise d’ailleurs que « le caractère africain de la mission doit être maintenu, aussi bien dans sa composition que dans sa direction ».

La période de prorogation du mandat de l’UA doit être utilisée pour que « tous les efforts soient déployés pour arriver à la conclusion rapide d’un accord de paix » entre le gouvernement soudanais et les groupes armés du Darfour, a néanmoins précisé l’UA. Une précision qui vise à rassurer Khartoum, qui a finalement fait de cet accord la condition de son acceptation d’une présence onusienne. Mais cette disposition traduit également l’exaspération de la communauté internationale alors que la septième session de négociations entre Khartoum et les rebelles, ouverte fin novembre à Abuja, n’est toujours pas parvenue à un résultat, soulignant au contraire les multiples divisions au sein de la rébellion. Réunis jeudi et vendredi à Paris, les pays donateurs, qui ont réitéré leurs promesses de débourser 4,5 milliards de dollars pour le Soudan, ont « demandé des mesures décisives pour mettre fin à la crise au Darfour ». Salva Kiir, vice-président du Soudan et dirigeant de l’ancienne rébellion du sud du pays, a estimé vendredi à - Paris qu’un accord était possible avant la fin de l’année. Cette analyse repose sur le fait que désormais « la délégation qui participera aux négociations d’Abuja sera composée de toutes les parties membres du gouvernement », y compris son mouvement, dont les rebelles du Darfour « étaient les alliés ».