Sauver Le Darfour dans le monde

Vivres, eau, soins... l'urgence est partout

Ouest-france , 23 Juin 2004

« C'est une course contre la montre », lâche Hélène Caux qui sillonne toute la zone pour le HCR, le Haut Commissariat aux réfugiés. A ce jour, sur les 160 000 personnes passées au Tchad, plus de 60 000 vivent toujours le long des 600 km de frontière, dans une précarité extrême, sans assistance organisée et sous la menace des djandjawids.
Il y a urgence à les ramener dans les camps montés à 50 km à l'intérieur avant que les pluies qui viennent de commencer ne rendent les ouadis - les rivières - infranchissables. Et alors que les arrivées se poursuivent à la frontière. Le HCR prévoit 200 000 réfugiés au Tchad en fin d'année.

En ce 13 juin, Hélène est à Senette avec Abdoulaye, le superviseur du HCR, venu avec bus et camions chercher 200 réfugiés. Il y a deux jours, ils étaient d'accord pour partir. Ils ne le sont plus. Ils préfèrent rester ici avec leurs troupeaux. « Un homme blanc est passé » et leur a promis des tentes. Concurrence humanitaire... Abdoulaye repart avec une cinquantaine de réfugiés seulement.

En même temps, les camps montés à l'intérieur par le HCR ont du mal à suivre. Le Secadev (Caritas Tchad) qui en gère trois s'inquiète du « nombre d'enfants malnutris en constante augmentation à Touloum ». Ouvert en février, le camp de Touloum « était prévu pour 6 000 personnes », explique son jeune directeur, Alfred Dehotibaye devant les tentes devenues couleur sable qui s'étendent à perte de vue. « Nous sommes 15 237. » Plus les « 1 200 spontanés » qui ont installé leurs bâches en bordure.

Touloum manque d'eau ; de latrines ; de personnel soignant. « La population locale a peur aussi que les réfugiés détruisent l'environnement », ajoute Alfred en regardant les femmes qui reviennent avec leurs fagots. S'ajoute la question des animaux : la bataille pour l'eau et les pâturages risque de s'aggraver avec le temps. Autour des camps, des cadavres d'animaux jonchent le sol. A Farchana, Méthoné Ouadou calcule : il en a fait incinérer 9 953.

Les pluies, si bénies au Sahel, vont ramener de l'herbe, mais aussi des diarrhées, des maladies, ajoute-t-il. De même, les camions transportant les vivres du Programme alimentaire mondial ont déjà du mal à franchir les ouadis. Mais « le problème principal, c'est le manque de fonds, résume Hélène Caux. Pour l'instant, le HCR a reçu 18 millions de dollars, il en faut 55. » Le Secours catholique, qui soutient les trois camps du Secadev au Tchad et un programme pour 125 000 déplacés au Darfour, tire le même signal d'alarme.