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Darfour: Khartoum risque plus de pressions internationales

Afp, 03 Mai 2007

Le Soudan prend le risque, en rejetant les mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) contre deux suspects de crimes au Darfour, de s'exposer à davantage de pressions internationales.
C'est ce que soulignent des analystes jeudi, au lendemain du lancement des mandats d'arrêt contre Ahmed Haroun, actuel secrétaire d'Etat aux affaires humanitaires, et un chef de la milice janjawid, Ali Kosheib, notamment accusés de meurtre, torture et viol.

"Le gouvernement aurait dû avoir la sagesse de se plier à la volonté de la CPI. Or il aura à faire face à de graves conséquences, la question va passer d'une simple demande de remettre les deux suspects à une possible confrontation avec le Conseil de sécurité" de l'ONU, prédit un expert des relations internationales, Cheik Edddine Chiddo.


Selon ce professeur de droit international, si le Conseil de sécurité est saisi, ce qui est plus que probable, il pourrait aller jusqu'à recourir aux sanctions économiques, voire à l'usage de la force, conformément au chapitre VII de la charte de l'ONU.

Cela ajouterait aux pressions sur le Soudan, soupçonné par plus d'un pays occidental de traîner les pieds sur le déploiement d'une force robuste au Darfour, région de l'ouest du pays en guerre civile.

Certains analystes de la presse soudanaise s'interrogent sur la pertinence de la position du gouvernement, qui a consisté à fermer la porte à toute collaboration avec la CPI et à ne pas avoir tenté, depuis le lancement des accusations fin février, de les contester sur un plan juridique.

Le gouvernement aurait dû, selon eux, demander conseil à des avocats internationaux pour contester la démarche de la CPI.

Or, Khartoum a campé sur une position de principe consistant à dire que du moment que le Soudan n'a pas accepté l'acte créatif de la CPI, celle-ci ne peut avoir de compétence sur ses citoyens.

En même temps, les autorités n'ont cessé d'affirmer, à l'appui de leur position, que la justice soudanaise était assez indépendante et efficace pour juger les auteurs d'exactions au Darfour.

Faux, répond un autre analyste, l'avocat et député communiste Saleh Mahmoud, qui estime que le gouvernement a "échoué à organiser des procès crédibles pour les auteurs de crimes au Darfour".

Selon lui, la démarche de la CPI s'explique par le fait que "la justice soudanaise n'a pas montré de volonté de juger" les responsables d'exactions au Darfour, où la guerre civile et ses conséquences ont fait 200.000 morts en quatre ans et 2 millions de déplacés, ce que conteste Khartoum.


Un procès qui devait s'ouvrir pour juger Ali Kosheib et deux autres personnes a été reporté sine die tandis qu'Ahmed Haroun a été blanchi de tout crime par une commission d'enquête officielle pour la période pendant laquelle il était vice-ministre de l'Intérieur en charge du Darfour.

En avant-goût des pressions auxquelles le Soudan a pris le risque de s'exposer, figurent les appels des Etats-Unis et de la France à coopérer avec la CPI et la certitude affichée par son procureur, Luis Moreno-Ocampo, de faire juger les deux accusés.

"Tous deux vont devoir faire face à la justice, ils se retrouveront dans le box (des accusés), dans deux mois ou dans deux ans", a déclaré mercredi le procureur argentin à l'AFP. "Et ils le savent", a-t-il ajouté.

Des organisations de premier plan de défense des droits de l'Homme, Human Rights Watch et Amnesty International, ont souligné la nécessité pour le Soudan de coopérer avec la CPI qui a été chargée par l'ONU d'enquêter sur de possibles crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour.