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Darfour : notre patience a des limites

Le Figaro,, 09 Mars 2006

La crise qui sévit au Darfour depuis trois ans a déjà fait entre 70 000 et 400 000 morts. Seul un règlement politique qui en prenne en compte les causes profondes pourra y mettre fin. C'est le but que sont censées poursuivre les parties en présence aux pourparlers de paix actuellement en cours à Abuja, devant qui je me suis exprimé mardi. Le Royaume-Uni soutient ce processus de paix, et j'ai annoncé la semaine dernière que nous dégagerions une enveloppe supplémentaire d'un million de livres à son endroit.

Les précédents pourparlers ont permis quelques avancées. Le protocole humanitaire et de sécurité signé en novembre 2004 jette les bases d'un retour au calme et la déclaration de principes proclamée en juillet 2005, celles d'un futur accord politique.

On est encore loin du compte, cependant. Les choses vont trop lentement. Le cessez-le-feu a beau avoir été décrété en avril 2004, l 'échéance du 31 décembre 2005 fixée par le Conseil de sécurité n'a toujours pas été respectée: Nous en sommes aujourd'hui aux septièmes pourparlers de paix.

Les protagonistes ont renié leurs engagements. Ils ont décrété un cessez-le-feu qu'ils n'ont pas observé. Le gouvernement soudanais et les mouvements rebelles le brisent tous les jours. Les attaques se poursuivent, notamment contre les convois des organisations humanitaires et contre la mission de l'Union africaine - ceux-là mêmes qui sont présents sur le terrain pour venir en aide aux civils. Les populations du Darfour continuent de souffrir. Deux millions de personnes sont aujourd'hui massées dans des camps, et les sans-abri et civils déplacés sont encore plus nombreux. Les massacres d'innocents se poursuivent. Les enfants meurent, et les femmes et les jeunes filles se font violer.

Les seules personnes qui ont le pouvoir de mettre un terme à ces exactions sont celles qui siègent à la table des négociations à Abuja. Elles doivent en finir avec les marchandages et les gesticulations pour s'atteler enfin à ramener la paix au Darfour. Il faudrait déjà qu'elles se résolvent à :

1. Déclarer leurs positions et leurs déploiements, comme elles s'y sont engagées.

2. Respecter le cessez-le-feu. Le gouvernement soudanais est le premier responsable des événements, car il s'est montré incapable d'assurer la sécurité de ses citoyens. II doit mettre fin à ses offensives et reprendre la main sur les milices arabes djandjawids. Mais ce sont les mouvements rebelles qui dernièrement se sont montrés les plus belliqueux. Il faut absolument qu'ils tiennent leurs combattants.

3. Ne plus s'en prendre à la force de l'Union africaine et aux convois humanitaires.

4. Faciliter le travail des organisations humanitaires au lieu de leur mettre des bâtons dans les roues.

5. Traduire en justice les auteurs d'atrocités.

Dans le même temps, les parties en présence doivent parvenir à un accord qui mette vraiment un terme au conflit. La communauté internationale est fondée à en douter.
Ainsi, les ministres soudanais siègent à la table des négociations, mais les leaders des mouvements rebelles en sont absents. S'ils veulent vraiment un règlement négocié, qu'ils se rendent à Abuja et donnent pour consigne à leurs négociateurs de transiger. Nous ne pourrons sinon que douter de leur sincérité.

Les parties en présence à Abuja sont maintenant au pied du mur, sous les feux des projecteurs de la communauté internationale. Elles peuvent choisir la voie de la paix: conclure un accord et le mettre en oeuvre sur le terrain. La communauté internationale leur accordera alors aide humanitaire, assistance au développement, concours technique et encouragement politique. Elles peuvent aussi la refuser. Le bilan n'en sera que plus lourd en termes de vies humaines et de misère. Quelle occasion elles auront manquée d'améliorer le sort des populations qu'elles prétendent représenter! Elles-mêmes en subiront les conséquences. La communauté internationale n'est pas disposée à laisser impunis les individus qui se rendent coupables de violations grossières des droits de l'homme ou qui bloquent le processus de paix Nous savons qui ils sont.

La résolution 1591 du Conseil de sécurité des Nations unies prévoit des sanctions à leur encontre. Le Comité des sanctions a déjà dans sa ligne de mire plusieurs membres du gouvernement soudanais et des mouvements rebelles. D'autres noms sortiront. Le Royaume-Uni ne se gênera pas pour dénoncer les coupables et n'exclut pas non plus de faire prononcer par les Nations unies des sanctions plus lourdes, si les parties continuent à traîner les pieds.

La Cour pénale internationale, avec le plein soutien du Conseil de sécurité, compte engager des poursuites à l'encontre des responsables des crimes de guerre et des violations des droits de l'homme commis au Darfour. Elle ne manquera pas dans les mois à venir de chercher à déterminer les responsabilités.

La patience de la communauté internationale a des limites. Si les parties tardent à s'entendre, nous devrons bien trouver une autre solution. Les acteurs des pourparlers d'Abuja auront alors beau jeu de mener la danse au détriment des absents, qui n'auront plus guère leur mot à dire.
Nous n'y sommes pas encore. La communauté internationale ne plaisante pas. Les populations du Darfour ont besoin que ces pourparlers de paix aboutissent. Il en va de la responsabilité des parties réunies à Abuja.