Sauver Le Darfour dans le monde

"Sauvez le Darfour, maintenant", exigent des milliers d'Américains

Afp, 30 Avril 2006

Plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées dimanche autour de nombreuses personnalités à Washington et dans une quinzaine d'autres villes américaines pour exiger la fin du "génocide" au Darfour.

A Washington, plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont passé l'après-midi sur le Mall, grande esplanade s'étendant devant le Capitole, siège du parlement fédéral, sous un beau soleil de printemps, derrière le slogan "Sauvez le Darfour, maintenant".
Premier orateur, l'écrivain Elie Wiesel, survivant de l'Holocauste et prix Nobel de la paix, a expliqué être venu "en tant que juif" et "en tant que membre de la famille humaine".

"Le silence aide le tueur, mais jamais ses victimes", a-t-il poursuivi. "Pour l'amour de l'humanité, sauvons le Darfour", a-t-il lancé à la foule, en majorité des jeunes, parmi lesquels beaucoup portaient une kippa.
Dans une ambiance décontractée, les manifestants, venus pour certains en famille, vêtus d'un T-shirt vert et agitant des ballons de la même couleur, ont chaleureusement applaudi les dignitaires de toutes confessions et les élus de tous bords, qui se sont succédé à la tribune.

"Si nous nous soucions (du Darfour), le monde s'en souciera. Si nous témoignons, le monde saura. Si nous agissons, le monde suivra", a assuré le sénateur Barack Obama, étoile montante du parti démocrate.
"Nous n'avons pas arrêté l'Holocauste, nous n'avons pas arrêté le Cambodge, nous n'avons pas arrêté le Rwanda, mais celui-ci, nous pouvons l'arrêter", a insisté le journaliste Nick Clooney, qui s'était rendu la semaine précédente au Darfour avec son fils, George Clooney.

"C'est en effet le premier génocide du XXIème siècle", a insisté la star hollywoodienne, très applaudie, en estimant que la mobilisation des manifestants redonnait espoir.
"C'est notre devoir d'agir", a conclu Joey Cheek, champion olympique de patinage de vitesse, qui avait reversé ses primes à une ONG, tout en estimant qu'une manifestation ne suffisait pas: "Il faut continuer à nous battre, parce qu'ils vont continuer à mourir".

Des manifestations similaires, à l'appel d'une coalition rassemblant quelque 1.260 organisations, devaient se tenir dans une quinzaine de villes américaines, notamment à Austin (Texas), Chicago (Illinois), San Francisco (Californie) et Seattle (Etat de Washington).

Dans la matinée, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice avait regretté dans une déclaration à la télévision que la Russie et la Chine ne fassent pas suffisamment pression sur le Soudan pour mettre fin à la guerre civile au Darfour.

La guerre qui oppose depuis trois ans au Darfour des mouvements rebelles africains aux milices arabes djandjawids ayant l'appui actif du gouvernement de Khartoum, a fait entre 180.000 et 300.000 morts et deux millions de déplacés.
Le président américain George W. Bush a apporté son soutien personnel aux manifestations, signe selon lui "que des centaines de milliers de nos citoyens réclament au monde de s'unir avec les Etats-Unis pour agir de manière concertée".

Dans un communiqué, l'ambassade du Soudan à Washington avait pour sa part dénoncé la mobilisation, estimant qu'elle retardait un éventuel accord de paix en envoyant aux rebelles un message erroné: "Ne faites pas la paix, les Etats-Unis vous soutiennent".