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Darfour : les diplomates font preuve d'un optimisme prudent

Departement Americain, 18 Avril 2007

Ils attendent de voir ce qui va vraiment se passer sur le terrain.

Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est félicité de la décision du Soudan d'accepter l'accroissement du soutien de l'ONU aux soldats de la paix de l'Union africaine au Darfour, mais les membres du Conseil restent prudents jusqu'au déploiement effectif des renforts sur le terrain.

Le représentant des États-Unis à l'ONU, Alejandro Wolff, a déclaré : « Je détecte un sentiment de frustration au sein du Conseil, parce que chaque fois que quelque chose semble accepté, de nouvelles conditions et des délais sont imposés. Nous nous sommes déjà trouvés dans cette situation, alors nous attendons de voir ce qui se passe », a-t-il déclaré aux journalistes à l'issue d'une session spéciale consacrée au Darfour.

Le 16 avril, après avoir traîné des pieds pendant cinq mois, le Soudan a en effet informé les Nations unies de sa décision d'accepter « l'appui lourd » des Nations unies aux 7.000 hommes de l'Union africaine déjà déployés sur le terrain. Cet « appui lourd » comprend 3.000 policiers et soldats de l'ONU et six hélicoptères de combat, et constitue la première contribution importante de l'ONU aux troupes de l'UA. Le Soudan s'était jusqu'à présent opposé aux hélicoptères.

Cet « appui lourd » est la deuxième phase d'un plan en trois volets qui aboutira à une force hybride ONU/UA de maintien de la paix forte de 17.000 soldats et de 3.000 policiers. Des conseillers politiques et du personnel civil ont déjà été déployés dans le cadre de la première phase dite « d'appui léger ».

Le 16 avril, le secrétaire d'État adjoint John Negroponte, qui était en visite au Soudan, a déclaré que la force hybride était capitale. « Nous devons évoluer rapidement vers une force hybride de maintien de la paix plus importante dotée d'un commandement unique conforme aux normes et pratiques de l'ONU », a-t-il déclaré à des journalistes à Khartoum. Il a ajouté que le Soudan risquait de se retrouver de plus en plus isolé du reste de la communauté internationale s'il ne mettait pas en œuvre le plan de l'ONU.

Au siège de l'Organisation, les représentants des 15 pays membres du Conseil de sécurité se sont entretenus avec le secrétaire général Ban Ki-moon et de hauts responsables de l'ONU et de l'Union africaine impliqués dans le dossier du Darfour au sujet des divers aspects du processus politique, de la liberté d'action du personnel humanitaire et du maintien de la paix. Le président de l'Union africaine, Alpha Oumar Konaré, participait à ces discussions.

Ban Ki-moon a qualifié la décision soudanaise « de signe encourageant », et ajouté que l'ONU et l'Union africaine avaient l'intention « d'agir rapidement pour préparer le déploiement de l'appui lourd et de la force hybride » tout en intensifiant les démarches diplomatiques visant à faciliter les accords de paix et la protection des civils au Darfour.

« Le peuple du Darfour n'a que trop souffert. La communauté internationale doit maintenant faire tout ce qu'elle peut. »

M. Wolff a, quant à lui, déclaré que le Conseil de sécurité et les membres de l'Union africaine « avaient le même sentiment d'urgence et de vigilance. Cela traîne depuis trop longtemps. »

Le calendrier d'expansion de la force de maintien de la paix au Darfour a en effet été retardé plusieurs fois l'année dernière. Le mandat des forces de l'Union africaine expire « dans tout juste 75 jours », a-t-il rappelé.

Par ailleurs, les États-Unis et le Royaume-Uni sont en train de discuter d'une résolution qui augmenterait les sanctions contre le Soudan si ce dernier ne coopérait pas au sujet du Darfour. Aucune décision n'a encore été prise à ce sujet du fait de la décision du Soudan d'accepter le déploiement de la phase d'appui lourd. Une décision sera prise lorsque M. Negroponte sera rentré de sa tournée dans la région, a précisé M. Wolff.

Alors que la violence, les assassinats et la souffrance continuent, « le niveau de frustration monte et le niveau de tolérance pour les atermoiements du Soudan diminue, et les gens entrevoient la nécessité de prendre d'autres mesures », a dit M. Wolff.

Les Nations unies estiment que plus de 200.000 personnes ont été tuées et deux millions d'autres déplacées au Darfour depuis 2003.