Sauver Le Darfour dans le monde

Le Darfour jette une ombre sur les JO de Pékin

Le Figaro, 04 Avril 2007

En février, les Soudanais accueillaient le président Hu Jintao. Khartoum exporte les deux-tiers de son pétrole vers la République populaire et reçoit en retour la plus grosse enveloppe chinoise d'investissements en Afrique.

En février, les Soudanais accueillaient le président Hu Jintao. Khartoum exporte les deux-tiers de son pétrole vers la République populaire et reçoit en retour la plus grosse enveloppe chinoise d'investissements en Afrique.

SI LA TRÊVE des armes et la sourdine aux récriminations sont au coeur de l'idéal olympique, la direction chinoise semble assez bien partie pour en profiter. À seize mois des JO de Pékin, ni la question des droits de l'homme, ni la répression religieuse, ni même le sort des Tibétains n'ont fait beaucoup d'ombre à ce qui reste, malgré tout, la plus grande dictature de la planète.

Le PC chinois fait tout pour s'assurer que les Jeux de l'été 2008 seront un succès hors-norme et que rien ne viendra gâcher ce qu'il considère comme un hommage international mérité. À l'horizon se profile pourtant un concert agaçant : celui de voix qui reprochent à la Chine d'entretenir, grâce à son carnet de chèques et à sa diplomatie, les excès au Darfour des milices soudanaises d'Omar el-Béchir.

« Le boycott, ce serait la bombe atomique »

C'est de France, pays ami, qu'est venu le premier coup de ce que les dirigeants chinois redoutent de voir s'élargir en vraie campagne : un appel au boycott des JO de Pékin, lancé depuis la tribune de la Mutualité par François Bayrou. Ce cri du coeur était sans doute excessif. La France, patrie de Pierre de Coubertin, n'a jamais snobé les Jeux. La participation des Français ne dépend pas du gouvernement, mais du comité olympique national. Pour les Chinois, « le boycott, ce serait la bombe atomique », ajoute un observateur à Pékin.

Reste, à l'agacement des propagandistes chinois, la popularité croissante dont jouit la cause du Darfour en Occident, et surtout le rôle sinistre que l'on prête à Pékin dans un drame qui a déjà coûté des dizaines de milliers de vies. En France, Ségolène Royal souhaite une pression redoublée contre la Chine. Moins relevée mais peut-être plus significative est la menace de sanctions contre le Soudan agitée par Nicolas Sarkozy. Menée à son terme, elle provoquerait un choc frontal avec Pékin au Conseil de sécurité.

« Dans l'affaire du Darfour, l'opinion publique occidentale a désormais le rôle moteur, observe un responsable du Quai d'Orsay. Au sein de l'Union européenne, Paris a jusqu'ici résisté à des sanctions contre le Soudan. Mais les Anglais vont y revenir, avec l'appui des Américains. Et cette fois, nous ne pourrons que les soutenir. »

La Chine, fidèle à un principe de non-ingérence qu'elle invoque à son profit sur Taïwan ou sur le Tibet, s'oppose à toute sanction contre Khartoum. Pour elle, la crise du Darfour est une « affaire intérieure ». Mais, signal de son inconfort, elle dément faire de l'obstruction à l'ONU. Officiellement, Pékin a déjà bougé, ce sont « les Occidentaux qui tardent à le reconnaître », dit Shi Yinhong, spécialiste des relations internationales à l'université du Peuple.

«Un problème d'image et de responsabilité»

Selon la presse chinoise, le président Hu Jintao a plaidé auprès d'Omar el-Béchir l'envoi au Darfour d'un contingent de « maintien de la paix » mandaté par l'ONU. Sans obtenir la moindre avancée. Ni dissiper le soupçon qu'il continue de protéger le Soudan, pays qui exporte les deux-tiers de son pétrole vers la République populaire et reçoit en retour la plus grosse enveloppe chinoise d'investissements en Afrique. « Les Chinois comprennent qu'ils ont un problème d'image et de responsabilité, remarque un diplomate européen. Ils sont sur la défensive. »

C'est vers les États-Unis que se tourne aujourd'hui l'inquiétude de Pékin. Les Jeux de l'été 2008 coïncideront avec une campagne présidentielle américaine lancée à pleine puissance. La Chine, involontairement, y tient assez souvent le mauvais rôle. Pire pour Pékin, la crise africaine du Darfour a du retentissement dans l'électorat noir.

Quant à la diplomatie américaine, elle ne veut pas être accusée de fermer les yeux sur un massacre, après avoir ignoré le Rwanda. Témoin de cette mauvaise conscience, c'est Colin Powell, secrétaire d'État noir de l'administration Bush, qui a le premier prononcé le mot de « génocide » à propos du Darfour, à l'automne 2004.

Hollywood, qui ne rate jamais une bonne cause, a déjà pris le relais. L'acteur George Clooney s'est fendu d'un voyage à Pékin, visite soigneusement censurée comme tout ce qui gêne la direction communiste. L'ancien Beatles Paul McCartney fait campagne pour le boycott des JO. Quant à Mia Farrow, championne des causes humanitaires et ambassadrice itinérante de l'Unicef, elle vient de signer dans le Wall Street Journal, une tribune remarquée. Elle y critique vertement les multinationales qui parrainent les Jeux, ainsi que Steven Spielberg, scénariste appointé d'une fastueuse cérémonie d'ouverture à Pékin.