Sauver Le Darfour dans le monde

Darfour : Silence de mort

La Gazette De Côte D'or, 22 Mars 2007

Près de 300 000 victimes depuis 2003, année du début du conflit au Darfour, dans la région du Soudan. Et toujours une inaction et un silence pesants.

La Gazette : Pouvez-vous faire un bref rappel de la situation actuelle au Darfour?

Rajâ Ouarraa, responsable locale de l’association Sauver Le Darfour :
Si on commence par les chiffres, depuis 2003, année du début du conflit, près de 300 000 habitants du Darfour sont morts assassinés. En fait, il s’agit d’un conflit, non comme on l’entend souvent d’arabes contre noirs, mais plutôt de musulmans « arabisés » contre musulmans « africains ». Les milices Janjawids (littéralement, les cavaliers de l’apocalypse), au départ armées par le gouvernement de Khartoum (capitale soudanaise, ndlr) violent, assassinent, pillent des villages entiers. Aujourd’hui, plus de deux millions de personnes se sont exilées pour atteindre les frontières tchadiennes où les ONG ont établi des camps. Il faut savoir que même les ONG qui se rendaient au Darfour étaient menacées, 12 travailleurs humanitaires sont morts en 6 mois en 2006. Il faudrait que les Casques bleus puissent intervenir pour tenter de protéger la population.

Comment expliquez-vous qu’ils n’interviennent pas justement ?

La Chine menace d'utiliser son droit de veto pour que les Casques bleus n’interviennent pas dans ce conflit. Tout cela pour leurs propres intérêts économiques, puisque le Soudan est le principal fournisseur de pétrole de la Chine. Elle ne veut pas froisser le gouvernement de Khartoum. De toute façon, Chinois ou Occidentaux, ils doivent tous penser la même chose. Ce conflit dérange, ils attendent tous que les gens meurent, ça arrangerait tout le monde.

De quoi s’agit-il ? D’un génocide, d’une épuration ethnique, d’un crime contre l’humanité ?

Ce n’est vraisemblablement pas une épuration ethnique. Ce qui existe en ce moment au Darfour est plutôt un conflit économique qui s’est rapidement transformé en crime contre l’humanité. Et ne rien faire aujourd’hui revient à cautionner la mort d’êtres humains comme vous et moi. Et il y a encore hésitation à agir alors que la situation est terrifiante là-bas.

Savez-vous à quoi ressemble le quotidien au Darfour ?

D’après les témoignages de réfugiés, on sait que les Janjawids arrivent à cheval dans les villages, y mettent le feu pour faire sortir les habitants de chez eux avant de les tuer. Ils assassinent les hommes, violent les femmes, leur arrachent les seins afin qu’elles ne puissent plus allaiter, et jettent les enfants au feu.

Pourquoi ce silence des médias sur une affaire aussi grave selon vous ?

Les médias parlent vraiment de ce qu’ils veulent, ils sélectionnent. Il semble que ce qu’il se passe au Darfour ne les intéresse pas pour le moment. C’est pour cela que nous devons tous nous mobiliser pour faire réagir les politiques. Ces derniers d’ailleurs, agissent de manière hypocrite. Les Européens se succèdent pour demander au gouvernement de Khartoum de venir en aide aux habitants du Darfour, alors que c’est ce même gouvernement qui organise, ou tout du moins protège, ces crimes.

Vous organisez ce jeudi soir un rendez-vous (1) pour unir les gens à la cause du Darfour. Qu’attendez-vous de cette manifestation ?

Notre objectif est véritablement de sensibiliser le maximum de personnes sur les événements de la région du Soudan. Je donne aussi des conférences dans les lycées du département pour informer, tant le personnel que les jeunes. Ce crime contre l’humanité qui se produit au Darfour dans une indifférence culpabilisante est lourd de sens.

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(1) Projection et débat sur le Darfour, jeudi 22 mars à 20 heures au cinéma Devosge. Rens. Rajâ Ouarraa, 06.23.88.22.25
www.sauverledarfour.org
sauverledarfour-dijon@wanadoo.fr