Sauver Le Darfour dans le monde

«L'inertie face au drame du Darfour est écoeurante»

Liberation, 16 Mars 2007

Récompensée par le prix Nobel de la paix en 1997 pour son rôle dans la campagne internationale en faveur de l'interdiction des mines antipersonnel, Jody Williams doit présenter, aujourd'hui, devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève, les résultats d'une enquête indépendante sur les violations des droits de l'homme au Darfour (Soudan).

Pourquoi n'employez-vous pas le mot «génocide» dans votre rapport ?

Ce n'est pas à nous de qualifier juridiquement ce qui se passe au Darfour. Ce débat sémantique n'est pas nécessaire quand des violations massives des droits de l'homme sont commises tous les jours, principalement par les milices jenjawids alliées du gouvernement soudanais.

La violence a éclaté au Darfour il y a plus de quatre ans. Comment expliquez-vous l'inertie de la communauté internationale ?

Différents pays tentent d'agir pour régler la crise, mais chacun de son côté. C'est pathétique. Nous avons besoin d'une approche commune pour faire pression sur le régime de Khartoum, afin qu'il accepte le déploiement d'une force hybride Union africaine-ONU. Tous les réfugiés que nous avons rencontrés dans des camps au Tchad, lors de notre enquête (1), ont réclamé la protection de la communauté internationale. Ils disent en avoir plus besoin encore que de nourriture. Après le génocide au Rwanda, on a dit: «Plus jamais ça !» L'inertie de la communauté internationale face au drame du Darfour est proprement écoeurante. Le conflit a déjà débordé chez ses voisins du Tchad et de la Centrafrique. En un an, le nombre de déplacés tchadiens est passé de 30 000 à plus de 130 000... Si on ne fait rien, on se dirige tout droit vers un conflit régional.

Etes-vous surprise par la réaction de Khartoum, qui a qualifié votre rapport de «partial» ?

Elle était malheureusement prévisible. Ce qui importe, désormais, c'est celle du Conseil des droits de l'homme. Acceptera-t-il nos recommandations, avant de les transmettre au Conseil de sécurité ? Son attitude sera un test pour sa crédibilité. Va-t-il se saisir de ces violations massives des droits de l'homme au Darfour, ou sombrer dans les mêmes travers que l'ancienne Commission des droits de l'homme ?

(1) La mission de Jody Williams n'a pas été autorisée à se rendre au Soudan.