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Darfour: Jody Williams "maintient" son rapport critiqué par Khartoum

Le Monde, 13 Mars 2007

La Prix Nobel de la paix Jody Williams a déclaré mardi à l'AFP "maintenir totalement" les termes du rapport de la mission de l'ONU sur le Darfour (ouest du Soudan) accusant les autorités de Khartoum d'avoir "orchestré" des crimes de guerre et contre l'humanité.

Le Soudan a rejeté mardi le rapport de la mission spéciale du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, estimant que ses auteurs avaient des préjugés hostiles envers Khartoum. "La présidente de la mission (Jody Williams) a observé, après sa nomination, une attitude d'emblée hostile envers le Soudan", a déclaré mardi le ministre soudanais de la Justice, Mohamed Ali Elmardi au Conseil des droits de l'homme réuni à Genève.


"De mon point de vue, c'est difficile de prendre au sérieux ce que disent les Soudanais", a déclaré Mme Williams dans une interview téléphonique à l'AFP, en précisant qu'elle s'exprimait à titre personnel et non en sa qualité de présidente de la mission d'enquête pour le Soudan.

La communauté internationale, a-t-elle dit, devrait "baisser la tête de honte" en raison de la faiblesse de sa réponse face à la violence qui s'est déchaînée au Darfour. Le rapport de la mission qualifie l'action internationale "d'inadaptée et inefficace".

En raison du refus de Khartoum de délivrer les visas nécessaires, les membres de la mission avaient dû se résigner à enquêter auprès de victimes d'exactions depuis l'extérieur du Soudan.

La guerre civile au Darfour et ses suites ont fait environ 200.000 morts depuis 2003, jetant plus de deux millions de réfugiés sur les routes, selon des estimations de l'ONU contestées par le gouvernement soudanais mais confirmées par le rapport de la mission spéciale.

Le rapport accuse le gouvernement soudanais d'avoir "lui-même orchestré et participé" aux "crimes de guerre et crimes contre l'humanité" au Darfour.

En réponse, M. Ali Elmardi a assuré "sans aucune hésitation (...) que la situation au Darfour n'a jamais été aussi stable qu'aujourd'hui depuis le déclenchement du conflit il y a trois ans".

La mission "n'a eu aucun égard envers nos réserves et préoccupations légitimes", en ce qui concerne sa composition, a-t-il estimé.

La Prix Nobel de la Paix a rétorqué que le Soudan a constamment remis en cause la légitimité de la mission, décidée par les 47 Etats membres du Conseil des droits de l'homme lors d'une session extraordinaire en décembre dernier.

"Nous avons été une cible (pour les Soudanais) dès le premier jour de notre désignation, sans doute avant même l'annonce de notre désignation", a assuré Jody Williams. "Maintenant, je suis accusée d'avoir écrit un rapport hostile parce que je veux exercer des représailles pour ne pas avoir reçu de visa", a-t-elle ajouté.

"Je n'ai pas de temps pour jouer à leur petit jeu", a-t-elle asséné.

"J'ai accepté cette mission car je crois que le peuple du Darfour a droit à la protection et à la sécurité", a expliqué Jody Williams qui a obtenu le Prix Nobel de la paix pour sa lutte contre les mines anti-personnel.

Elle a annoncé vouloir poursuivre son combat en faveur de la population du Darfour grâce à son Comité des femmes Prix Nobel qu'elle a fondé avec Shirin Ebadi, Wangari Maathai, Rigoberta Menchu Tum, Betty Williams et Mairead Corrigan Maguire.

Le rapport de la mission conduite par Mme Williams doit être présenté formellement vendredi au Conseil des droits de l'homme.