Sauver Le Darfour dans le monde

LE CONFLIT AU DARFOUR 200.000 morts, cela ne suffit pas ?

Nouvel Observateur, 13 Mars 2007

ALORS que notre campagne électorale ressemble trop souvent à du nombrilisme, les questions de politique étrangère étant reléguées au rang de voyages pour présidentiables en quête de reconnaissance, le rapport d’une mission du Conseil des droits de l'homme des Nations unies à propos du Darfour nous donne l’occasion de revenir sur ce génocide où en quatre ans, les violences- meurtres, viols et pillages – ont fait quelque 200.000 victimes et provoqué la fuite d’au moins deux millions de personnes, entassées dans des camps de réfugiés.

Or ce qui est nouveau c’est que ce rapport accuse le gouvernement soudanais d'avoir "orchestré et participé", dans la province du Darfour, à des crimes relevant du droit international. "Les tueries de civils sont toujours courantes, y compris lors d'attaques à large échelle. Viols et violences sexuelles sont systématiques. Les tortures continuent. Les arrestations et détentions arbitraires sont communes, tout comme la répression de la dissidence politique et les restrictions arbitraires des libertés politiques", les rebelles étant également accusés d’atrocités.

Le procureur de la Cour pénale internationale a donc demandé récemment l’ouverture de poursuites contre deux des responsables présumés de ce bain de sang.

Le premier est le chef d’une des ces bandes armées, les Djandjawids, que le pouvoir islamique de Khartoum a envoyé pour qu’ils se déchaînent contre les paysans noirs des riches terres du Darfour que ces nomades convoitent de longue date. Mais le deuxième est justement un membre du pouvoir central soudanais, l’ancien secrétaire d’Etat en charge du Darfour, Ahmed Haroun. Mais le rapport de l’ONU, après avoir fait ce constat accablant, se limite à préconiser de "mettre sur pied une procédure spéciale ou un mécanisme pour suivre la situation au Darfour". Suivre la situation ! C’est tout ? 200.000 morts, cela ne suffit pas ? La communauté internationale est-elle à ce point impuissante ? Ne peut-on pas faire pression sur la Chine, le plus important partenaire commercial du Soudan, qui possède 40% des concessions pétrolières dans le Darfour ? Comme l’a suggéré Bernard-Henri Lévy, les JO de 2008 à Pékin donnent une bonne occasion pour faire chanter la Chine et l’obliger à faire pression sur le gouvernement soudanais.