Sauver Le Darfour dans le monde

Le Darfour, affaire d’Etat

Armees, 13 Mars 2007

Le gouvernement soudanais est depuis hier officiellement responsable du génocide du Darfour. Un rapport rédigé par une mission onusienne l’accuse d’avoir “orchestré et participé à des crimes”

Le conflit a déjà fait plus de 2,5 millions de réfugiés, dont un grand nombre d’enfants
Tout le monde savait que le gouvernement est largement responsable, au moins autant que les groupes rebelles, du génocide au Darfour. Mais personne n’osait le dire haut et fort. Un rapport de l’ONU l’a enfin écrit noir sur blanc hier.

“Le gouvernement du Soudan n’est manifestement pas parvenu à protéger la population du Darfour de crimes à grande échelle, (…). Il a lui-même orchestré ces crimes et y a participé”, a conclu la mission du Conseil des droits de l’homme des Nations unies qui, depuis décembre, est aux frontières soudanaises – faute de droit d’entrée accordé par le gouvernement. Elle ajoute que “la situation se caractérise par des violations grossières et systématiques des droits de l’homme et de graves atteintes au droit humanitaire international”. Les principaux visés sont les Djandjawid, ces miliciens gouvernementaux qui tuent, pillent et violent tous les noirs qui croisent leur chemin. Au dernier pointage, le conflit a fait 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis février 2003.

Le gouvernement nie toute implication

Pour protéger les populations civiles de la région, la mission conseille plus que vivement au Conseil de sécurité de "prendre de nouvelles mesures d’urgence". Le déploiement de forces de maintien de la paix est de loin la plus urgente de toutes.

Évidemment, le gouvernement soudanais rejette en bloc ces accusations. Pour le président Omar El-Béchir, tout ça est la faute des rebelles, qui ont refusé de signer un accord de paix l’année dernière. Mais la Cour pénale internationale (CPI) a l’air plus encline à suivre les conclusions de la mission. Elle a convoqué sur le champ un membre du gouvernement et un chef de milice pour répondre d’accusations de crimes de guerre. C’est une première depuis le début du conflit.
Omar El-Béchir jouissait jusqu’ici d’une relative clémence de la part de la communauté internationale, comme en témoigne sa très amicale poignée de mains avec Jacques Chirac lors du sommet Afrique-France le mois dernier. Ce rapport devrait sans doute faire évoluer la situation. Joris SABI.