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Darfour: Khartoum disposé à accepter un rôle très limité de l'ONU

Nouvel Observateur, 13 Mars 2007

Le président du Soudan Omar el-Béchir fait un tout petit geste et accepte de voir les Nations unies jouer un rôle très limité de soutien des troupes de l'Union africaine au Darfour. Toutefois, il refuse l'utilisation d'hélicoptères et d'avions de reconnaissance, demande une réduction des forces au sol, et exclut la présence d'une police internationale dans les villes et les secteurs contrôlés par le gouvernement, selon un document obtenu par l'Associated Press, lundi.

Dans une lettre adressée vendredi au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon et circulant au sein des Nations unies, Omar el-Béchir déclare très clairement qu'il n'accepte pas la proposition de l'ONU de déployer plus de 3.000 soldats de la paix, policiers et personnels civils ainsi que du matériel logistique et une couverture aérienne massive pour renforcer le contingent de 7.000 hommes de la force de l'Union africaine.

Toutefois, dans une annexe de 13 pages à cette lettre, traduite au cours du week-end et obtenue lundi, le président soudanais détaille point par point l'insistance de Khartoum de garder le contrôle de tout déploiement de forces internationales dans le pays et de maintenir l'ONU dans un rôle mineur subordonné à l'Union africaine.

L'ambassadeur de Grande-Bretagne à l'ONU Emyr Jones Parry, qui a conduit une mission du Conseil de sécurité au Darfour et à Khartoum en juin et qui demandait une application du plan des Nations unies, s'est dit lundi soir "très déçu par cette lettre".

Une porte-parole des Nations unies Michele Montas a précisé que le secrétaire général souhaitait discuter de la lettre d'Omar el-Béchir au Conseil de sécurité, jeudi, avant d'en faire le commentaire. Selon Michele Montas, Ban Ki-moon ne considère pas cette missive comme un revers. "Il y a des éléments positifs dans cette lettre et le secrétaire général voudrait, à partir de ces éléments positifs, voir jusqu'où on peut aller", a-t-elle dit.

L'obtention de cette lettre survient le même jour où était rendu public à Genève un rapport sans détours sur le Darfour d'une mission de l'ONU sur les droits de l'Homme et selon lequel les "crimes à grande échelle" s'y poursuivent, orchestrés par Khartoum.

"Les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité se poursuivent dans toute la région", note ce rapport de 35 pages, rédigé par cette mission dirigée par le prix Nobel de la paix Jody Williams et exhortant la communauté internationale à faire plus, avec l'obligation urgente de protéger les civils dans cette région de l'ouest soudanais en guerre depuis 2003.

Le gouvernement soudanais a "manifestement échoué à protéger la population du Darfour contre des crimes internationaux à grande échelle, qu'il a lui-même orchestrés et auxquels il a participé", peut-on notamment lire dans ce rapport.

La mission avait été diligentée en urgence en décembre par le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, basé à Genève. Jody Williams lui a remis son rapport en concluant, après avoir en vain tenté d'entrer au Soudan pendant 20 jours en février, que Khartoum avait "constamment refusé" de coopérer.