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Un sommet en forme d'adieu pour Chirac

Tf1, 15 Février 2007

Le Palais des festivals de Cannes accueille ce jeudi et jusqu'à vendredi le 24e sommet Afrique-France, avec pour thème "l'Afrique et l'équilibre du monde", au cours duquel sera notamment abordé le dossier des matières premières, objet d'une âpre compétition et d'une offensive d'envergure de la Chine. Mais ce sommet est aussi et surtout l'occasion pour Jacques Chirac de faire ses adieux à un continent où l'influence de Paris s'est fortement réduite, au cours de ses douze années passées au pouvoir.

Jacques Chirac aura manifesté un attachement profond à l'Afrique dont il s'est voulu le défenseur, mais son amitié avec certains dirigeants et sa vision du continent l'ont conduit à privilégier le soutien à des régimes controversés. Même si elle a évolué au fil des ans, sa vision africaine est restée largement marquée par la période de la guerre froide, l'Afrique des partis uniques, le temps des relations personnelles avec une génération de dirigeants très proches de Paris, comme l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny ou Omar Bongo Ondimba (Gabon).

"Il n'a pas mis les dirigeants africains devant leurs responsabilités"

Son soutien à des "dinosaures" comme le dictateur togolais Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir pendant 38 ans, qu'il saluera comme un "ami personnel" à son décès, lui auront aliéné une partie des nouvelles générations d'opposants et de dirigeants africains. "Il est resté largement sur ce type de relations personnelles avec des chefs d'Etat. On cherchait des amis fidèles, pas des partenaires", estime Antoine Glaser, coauteur de l'essai "Comment la France a perdu l'Afrique". "Il n'a pas mis les dirigeants africains devant leurs responsabilités par rapport au manque de démocratie, de bonne gouvernance", explique-t-il.

Il s'est voulu le porte-parole de l'Afrique, défendant dans les enceintes internationales la nécessité d'aider le continent, de faire plus dans la lutte contre la pauvreté, de combattre les grandes pandémies, dont le sida, en étant à l'origine d'un projet de taxe sur les billets d'avions. Parfois surnommé "Chirac l'Africain", le chef de l'Etat s'est rendu fréquemment sur le continent. Passionné d'arts premiers, il est crédité d'une vraie connaissance et d'un attachement sincère à ce continent. Il a assuré que la France, en raison de son histoire, maintiendrait son "engagement" aux cotés de l'Afrique, même après son départ.

Le président algérien présent

Au cours de ce sommet, plusieurs chef d'Etat brilleront pas leur absence : le Sud-africain Thabo Mbeki et l'Ivoirien Laurent Gbagbo ont décliné l'invitation, tout comme le président zimbabwéen Robert Mugabe, qui est lui interdit de séjour en Europe par l'UE, en raison de violations des droits de l'Homme depuis 2002. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika sera en revanche bien présent, alors que les relations entre les deux pays sont houleuses, notamment en raison de la polémique sur la colonisation française.

Ce sommet de Cannes se déroule aussi sur fond de campagne électorale en France, au cours de laquelle les deux principaux candidats à la présidentielle, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, ont pris position pour une nouvelle politique concernant l'Afrique, fondée sur plus de transparence. Le président malien Amadou Toumani Touré, le chef de l'Etat égyptien Hosni Moubarak, la chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays assure la présidence de l'UE, prendront la parole à l'ouverture du sommet. Le prochain sommet Afrique-France se tiendra en Egypte en 2009.