Sauver Le Darfour dans le monde

Dernier sommet africain du mandat de Jacques Chirac

Le Monde, 14 Février 2007

La 24e conférence des chefs d'Etat d'Afrique et de France, qui se tient à Cannes jeudi 15 et vendredi 16 février, sera l'occasion pour Jacques Chirac de célébrer une dernière fois, avant la fin de son mandat, ce que l'Elysée appelle la "vitalité du lien traditionnel" entre France et Afrique. Ce lien passe en grande partie, chez M. Chirac, par les amitiés et les connivences tissées parfois depuis des décennies avec plusieurs de ses homologues du continent africain.

Le sommet Afrique-France de Cannes s'ouvrira, jeudi, en présence de la chancelière allemande, Angela Merkel, dont le pays assure à la fois la présidence de l'Union européenne et celle du G8. Deux crises africaines seront évoquées : le Darfour et la situation en Guinée, où l'état d'urgence a été proclamé.

Un seul chef d'Etat africain n'a pas été invité : le président du Zimbabwe, Robert Mugabe. Frappé depuis 2002 d'une mesure d'interdiction de voyage dans l'UE en raison des violations des droits de l'homme commises dans son pays, il avait pourtant été invité au sommet de Paris en 2003. Cette fois-ci, s'il a été jugé peu opportun de le convier, c'est parce que la situation dans son pays n'a fait que se détériorer, expliquent les diplomates.

Les responsables français redoutaient que M. Mugabe ne manifeste son mécontentement en obtenant que plusieurs chefs d'Etats de l'Afrique australe boycottent le sommet de Cannes. Ce scénario ne s'est pas concrétisé puisqu'un seul président de la région - mais non des moindres - sera absent : le Sud-Africain Thabo Mbeki. Ce dernier a été "retenu par des obligations impérieuses qui relèvent de la politique intérieure", a expliqué, mardi, le porte-parole de l'Elysée.

Les autres absents de marque à Cannes seront : le roi Mohammed VI du Maroc, dont l'épouse doit prochainement accoucher ; le président de la Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo, qui a entretenu un certain suspense avant de renoncer à venir, au grand soulagement de l'Elysée ; Abdoulaye Wade, le Sénégalais, en campagne électorale ; le président libyen Mouammar Kadhafi, empêtré dans le procès des "infirmières bulgares" ; le Tunisien Zine El-Abidine Ben Ali, peu porté sur les grand-messes diplomatiques dès lors qu'elles ont lieu dans des pays respectueux de la liberté de manifester ; le président de l'Angola, José Eduardo Dos Santos, qui traîne l'affaire de l'"Angolagate" ; celui du Rwanda, Paul Kagamé, invité à Cannes mais qui a rompu les relations diplomatiques avec la France ; Lansana Conté, président de la Guinée, un pays actuellement en ébullition ; et enfin la présidente du Liberia, Ellen Johnson-Sirleaf, en déplacement aux Etats-Unis pour obtenir une annulation de la dette de son pays.

Heureusement, il y a les autres, qui ont répondu présent : l'Algérien Abdelaziz Bouteflika fait le déplacement, alors que le projet de traité d'amitié franco-algérien connaît "un certain ralentissement", selon l'euphémisme employé mardi par l'Elysée. Les présidents du Nigeria et de l'Egypte seront au rendez-vous. Il y a surtout le club des amis indéfectibles du président français : Omar Bongo Ondimba (Gabon), Denis Sassou Nguesso (République du Congo), Blaise Compaoré (Burkina Faso), bien tristes, selon les diplomates, à l'idée que M. Chirac puisse quitter le pouvoir. Appartenant au "noyau dur" de ces sommets Afrique-France, ils devaient se retrouver, mercredi soir, à Cannes, autour d'un "dîner restreint", à l'invitation du président français.

ESQUISSE DE BILAN

Le thème officiel choisi pour ce sommet est "L'Afrique dans l'équilibre du monde", à l'heure d'une mondialisation dont M. Chirac aime à dénoncer les "excès". Le président français estime avoir imprimé, au cours de ses douze années au pouvoir, la marque d'une "modernisation" des rapports entre la France et l'Afrique, et avoir porté haut le souci d'accroître l'aide au développement, notamment au sein du G8.

Interrogé sur l'héritage des "années Chirac", le porte-parole de l'Elysée a mis, mardi, l'accent sur des thèmes comme l'accès à l'eau potable, la lutte contre les pandémies ou encore le soutien à des filières de production telles que le coton. Il n'a guère été question, dans cette esquisse de bilan, de démocratisation ni de libertés publiques, un terrain où l'action de M. Chirac, souvent perçue comme un soutien à des dirigeants versés dans la corruption et l'autoritarisme, continue de lui valoir des critiques.

Il n'était pas encore certain, mardi, qu'une rencontre consacrée au Darfour se tienne en marge du sommet de Cannes. Celle-ci pourrait réunir jeudi, autour de M. Chirac, les présidents du Soudan, du Tchad et de la République centrafricaine, mais les diplomates restent prudents sur les retombées à en attendre. La France s'inquiète du débordement du conflit du Darfour au Tchad et en Centrafrique, deux régimes auxquels elle a apporté un soutien militaire actif ces derniers mois.

En revanche, la crise politique en Guinée, qui sera évoquée à Cannes, fait d'ores et déjà dire à l'entourage de M. Chirac que le pouvoir du président Lansana Conté apparaît définitivement à l'agonie, sans que l'on puisse y faire grand-chose.